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3 idées fausses sur le divorce (partie 2/2)
Publié le 03/12/2017
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Dans la première partie de cet article, nous évoquions l'importance de la remise en cause personnelle après un divorce. Cet acte mature est nécessaire pour retourner à la sérénité, à l'équilibre pour tout dire, et pose également déjà les jalons d'un éventuel remariage[1]. Nous évoquions trois idées fausses au sujet du divorce, aussi poursuivons avec les deux dernières.

Après un divorce, plus question de mariage

Car il devra y a avoir remariage. Oh ! Peut-être pas tout de suite, évidemment. Rappelons-nous qu'un divorce c'est tout d'abord une séparation, or la mort c'est la séparation comme l'enseignent les Sages d'Israël. Et s'il y a « mort », il doit y avoir deuil. Il ne s'agit pas pour autant d'une période d'affliction, passive, subie, réduite à l'expérience de la douleur, de la fatigue d'exister et du doute de soi. C'est au contraire un deuil actif, optimiste si l'on peut dire, puisqu'il est axé sur l'avenir et non sur le passé. Il invite notamment à la prise en charge des blessures dues au divorce[2], ainsi qu'à la remise en cause personnelle dont nous parlions.

Mais il faut avoir la force d'affirmer qu'une fois le deuil passé, la vie doit reprendre ses droits.

L'expérience du divorce, dont la douleur est relativisée à mesure que l'on se rend compte de la maturité gagnée à travers elle, apporte une maturité inédite et acquise à jamais. On a grandi, on a compris, on sait mieux qu'avant qui on est, quoi faire pour devenir encore meilleur, ce que l'on veut… et ce que l'on ne veut plus. En somme, un être nouveau est né, un être reconstruit apte à rechercher un autre conjoint qui lui corresponde.

Partant, on peut raisonnablement supposer que les personnes jurant ne plus jamais se remarier après un divorce appartiennent à l'une des catégories suivantes.

  • Une personne ayant été traumatisée par un divorce réellement déchirant, auquel cas le deuil doit être plus long, peut-être même définitif dans certains cas extrêmes.
  • Une personne encore en chemin, dont le deuil aura effectivement une fin, même si au jour d'aujourd'hui cela ne tombe pas encore sous le sens.

  • Une personne qui refuse de se remettre en question bien qu'elle le pourrait raisonnablement et qui, sans doute par facilité, veut s'éviter à elle-même l'aveu de ses défauts et la nécessité d'évoluer.

Le divorce est un échec

Un échec, voire une honte, soi-disant ! Combien souffrent pendant ou après leur divorce, voyant leur entourage prendre ses distances ? Méfiance, agressivité, moquerie, pression, manipulation, humiliation, sont autant de réactions apparemment caricaturales, mais qui sont bel et bien monnaie courant. Sans doute parce que l'être humain a besoin de révéler l'échec chez l'autre, comme pour mieux éloigner de ses préoccupations personnelles sa propre angoisse de l'échec.

Le divorce est-il vraiment un échec ? Prenons le temps de nuancer notre réponse.

Pour commencer, affirmer absolument que le divorce n'est pas un échec, serait déraisonnable. Quand un couple s'unit, c'est pour fonder une famille. Or fonder une famille prend du temps, le temps pour que mari et femme puissent se connaître, se révéler, se confier, s'accepter, se soutenir. En un mot, s'aimer. Au cours d'un ancien article, nous rappelions que l'amour ne peut être réduit à la passion des débuts et que cette dernière, appelée « 'hen » en hébreu[3], devait conduire à la véritable construction du couple.

Par la force des choses diront certains, en réalité par la volonté de D.ieu, quand un enfant naît, le projet familial cesse d'être un projet de couple[4] pour devenir aussi un projet éducatif. Celui-ci est extrêmement exigeant car les enfants évoluent, très vite d'ailleurs, et même plus tard, une fois mariés, ils restent des enfants pour leurs parents.

Fonder une famille prend donc du temps. Et encore, s'il ne s'agissait que de temps ! Fonder une famille prend tout ce que ses membres ont investi dans ce laps de temps. L'affection, la remise en cause, la dispute vite effacée par le pardon, la transmission, le don de soi… Si bien qu'après le divorce, l'investissement consenti, souvent avec conviction si ce n'est avec joie, devient insupportablement pesant. Tout cet engagement pour quoi au juste[5], à présent que la famille a volé en éclats ?

Dans cette acceptation, le divorce est effectivement un échec.

Nous irons même plus loin en disant que chaque époux gagne à le considérer de la sorte, le temps qu'il faut pour dépasser ce statut d'échec. En fait, le temps qu'il faut pour se dépasser soi-même. Dépasser la personne mise en échec par le divorce et accoucher d'une personne nouvelle, pour reprendre cette idée.

Car enfin, qu'est-ce qu'un échec n'est jamais, au grand jamais ? Une honte. Un échec, c'est plutôt un questionnement. Un questionnement silencieux posé par la vie elle-même à celui qui veut bien tendre l'oreille. L'échec, c'est donc une invitation à une réflexion intime. Une question qui rappelle la question primordiale de D.ieu à l'homme : « Où es-tu ? » (Berechith 3,9). D.ieu ne savait-Il pas où l'homme se trouvait ? Aussi convient-il de donner à cet appel le sens de : « Où en es-tu ? ».

L'échec est essentiellement une invitation à faire le point de sa vie. À saisir un de ces moments privilégiés lors desquels on vit pleinement l'instant présent, puisqu'alors on distingue le passé du futur, l'expérience de l'aspiration.

La question de l'échec tient-elle en une remise en question ? Peut-être… Une remise en réponses, sûrement. Comment devrais-je exploiter mon échec ? Comment est-il arrivé de mon point de vue seul, à savoir qu'ai-je fait pour le catalyser, et au contraire que n'ai-je pas fait qui l'aurait évité ?

C'est cela, un échec : une invitation à se construire. On ne dépasse pas un échec, une épreuve. On les vit, parfois on les subit. Puis on se dépasse éventuellement. Alors l'échec disparaît, presque comme s'il a jamais été, une fois vidé du potentiel de bien qu'il recelait : une graine à planter en l'être afin de grandir en lui, ou plus justement afin de le faire grandir. Ainsi va l'existence, faite de chutes et d’ascensions, ces « temps » successifs que l'homme traverse de sa naissance jusqu'à sa mort et qui, dans notre cadre, s'apparentent à un temps pour détruire, un temps pour construire (Qoheleth 3,3).

Notes

[1]  Notons qu'en pareil cas, le remariage n'est pas tant un sursaut d'orgueil pour ne pas « rester sur un échec » comme on le dit. C'est plutôt une décision lucide, nécessaire aussi, qui va tout simplement dans le sens de la vie.

[2]  Le divorce incluant dans ce contexte la période d'instabilité, parfois longue, qui l'aura précédé et rendu inévitable.

[3]  Littéralement, la grâce.

[4]  Sous-entendu, cesse d'être uniquement un projet de couple, lequel ne disparaît pas pour autant. Aussi importe-t-il que les parents veillent à ne pas étouffer le couple.

[5]  Et non « pour rien ». Même si un projet doit finalement rater, les efforts passés auront été consentis dans une intention positive, et doivent à ce titre être considérés comme une victoire.

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