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L'angoisse d'abandon (Partie 2 sur 2)

Dans la première partie cet article, nous caractérisions la peur d'abandon. Pour s'en protéger, mieux, pour y échapper, il faut comprendre comment elle se forme.

Disons-le directement : l'origine est à chercher dans un épisode traumatisant. Entendons par là un événement capable de transformer l'intériorité d'un individu, de la bouleverser même, de sorte que celui-ci en conçoive une forme de mal-être. Il se sent mal de ne pas fonctionner normalement, car un facteur extérieur anormal a justement pénétré son être intérieur, saccageant l'ordre établi.

Un épisode traumatisant est donc volontiers bref et violent. Bien qu'il soit moins habituel de qualifier de traumatisme un bouleversement émotionnel étalé dans le temps, il n'y a là aucun non-sens. Un sujet soumis à une succession d'événements déstabilisants qui s'inscriraient dans la même logique destructrice, peut très bien être traumatisé a posteriori. On envisage souvent la violence brutale, choquante ; parle-ton autant de la violence insidieuse, celle qui atteint l'être au bout d'un long travail de sape ? Fort heureusement, on en parle de plus en plus, même si la chose est encore récente.

Quelles qu'aient été le mode d'expression de la violence extérieure, au bout du compte le sujet ne se sent plus le même. Et pour cause, il n'est plus le même ! Son changement intime doit être compris. Changer de l'intérieur signifie notamment redéfinir les modalités de sa relation au monde. Après un traumatisme, on ne peut plus fréquenter les même personnes qu'avant, on ne peut plus s'adonner aux mêmes occupations qu'avant, on ne peut plus ressentir les choses comme avant, on ne peut plus voir le monde comme avant. Concernant ce dernier aspect, il faut comprendre que le traumatisme transforme la perception du monde dans son ensemble. Après un traumatisme, après un « accident existentiel » pour ainsi le nommer[1], le sujet voit en quelque sorte le monde par des lunettes dont les verres ont été altérés.

En imprimant la peur d'abandon chez le sujet, une tranche de vie traumatisante a modifié drastiquement sa vision du monde. Ce faisant, elle a ouvert la route à un mécanisme psychique fondamental, le transfert[2], se déchaîne alors de manière permanente. Le sujet perçoit un monde instable, mais c'est sa propre instabilité qu'il projette puis perçoit. Il perçoit un monde angoissant, mais c'est sa propre angoisse qu'il projette puis perçoit. Il transfère naturellement[3] sur le monde les blessures que le traumatisme lui a infligées des années auparavant.

Comment sortir de ce cercle, d'autant plus vicieux qu'il va de soi ? Vicieux et silencieux : aucun indicateur ne le signale au sujet ! Celui-ci est par conséquent loin de considérer l'importance d'en sortir.

Au fond, une seule question préoccupe. Le processus est-il réversible, la guérison est-elle envisageable ? En des termes légèrement différents, les verres qui assombrissent le monde du sujet depuis qu'un certain épisode lui a instillé l'angoisse d'abandon, ces verres donc, font-ils partie de lui ou non ? La question est cruciale. Dans l'affirmative, il n'y a tout bonnement rien à faire puisque guérir reviendrait alors à amputer, ce qui n'est pas idéal, pour le moins. Dans la négative, l'espoir est permis car il suffirait de jeter ces verres détestables pour s'en façonner d'autres, plus neutres.

C'est ici que la foi en D.ieu, la fameuse emouna va pouvoir aider et même à double titre. Le lien entre emouna et peur d'abandon n'est pas forcément évident. Commençons donc par l'établir.

D'une part, il faut savoir que l'homme est seul. Ce monde est un décor. Un décor avec lequel composer, bien sûr, un décor dont il faut prendre soin, en l'entretenant et en se gardant de l'abîmer. Mais la vérité métaphysique profonde est que chaque homme est seul devant D.ieu. En méditant à cette idée, en l'étudiant à la lumière de la Torah, en s'habituant à elle, qui pourrait avoir peur d'être abandonné ? La peur d'être seul n'existe plus quand on sait que la solitude est une réalité spirituelle. Attention, il ne s'agit pas d'une solitude désespérante. Être seul avec D.ieu, c'est se trouver dans la proximité de son Créateur, que la mystique juive compare à la fois au père et à la mère. Quand on est seul auprès de papa et de maman, que peut-il manquer de plus ?

D'autre part, nos Sages enseignent qu'avant même la création du monde, D.ieu créa la techouva. La techouva échappe à toute contingence matérielle. C'est un principe spirituel qui laisse à l'homme la possibilité d'évoluer en dépit de ce qu'il a pu être, de réparer ce qu'il a pu détruire, de devenir ce dont il n'a fait que rêver. Avoir foi que D.ieu a donné la possibilité de changer la donne, permet de croire que la guérison est possible. Guérison du corps, guérison du cœur, guérison de l'esprit pour un renouvellement de l'individu.

Oui, on peut guérir la crainte d'abandon.

Pour cela, il faudra voyager dans les ténèbres, non s'en s'être équipé des outils qui empêchent de s'y perdre encore. La foi, bien sûr, et puis aussi la lumière de la compréhension, de la raison, de la conscience. Ce sont les seules armes capables de terrasser ce monstre hideux évoqué en première partie, les seules forces capables de dissiper ce cauchemar car il ne s'agit bel et bien que d'un vilain fantasme, afin de remplacer ces gâcheurs d'existence par de la réalité, de la connaissance et du contrôle.

Nous croyons même que toute la guérison est là. Que la peur d'abandon, le sujet ne doit pas craindre de l'abandonner. Que le monde peut être autrement plus cohérent sans cette béquille tordue qui ne fait que le fragiliser, puisqu'il n'a pas besoin d'elle pour avancer.

Notes

[1]  Hormis le fait que l'accident en question s'inscrit moins dans le hasard que dans la Providence, sujet essentiel qui ne sera pourtant pas abordé ici dans le détail. Nous y ferons cependant référence plus bas, car après tout, peut-on parler de vie sans parler de D.ieu ?

[2]  Le lecteur pourra se reporter à l'article Pourquoi la voiture rend-elle agressif ?, où cette notion est définie.

[3]  Du moins le procédé est-il naturel pour le sujet lui-même. Si naturel d'ailleurs, qu'il s'exécute hors du champ de la conscience…

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