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Le piège de la techouva par les épreuves
Publié le 06/03/2016
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Un irrépressible devoir

La vie impose parfois des épreuves pénibles qui ébranlent les repères et remettent radicalement en question.

À la suite de ces expériences (par exemple un revers amoureux, un échec social ou le décès d’un proche, D.ieu nous en préserve), on éprouve souvent un élan de techouva (retour vers D.ieu).

Cet élan offre principalement 3 caractéristiques : il est nouveau, il est soudain, il est puissant. On pourrait même noter qu'il n’est absolument pas pensé. En fait, cet élan ne nous appartient pas totalement. Il s'agit d'une force irrésistible dont on ne sait pas trop la provenance.

Pour citer cette terrible expérience de nouveau, après un décès on se sent presque le devoir de faire techouva, d'améliorer quelque chose dans le domaine religieux. Mais il faut être clair : inconsciemment ou non, « on se rapproche de la religion », comme le disent certains, plus pour le défunt que pour soi-même. Plus qu'un devoir, c'est une sorte de mission dont on se sent investi, même si le terme peut étonner. Seulement, la peur (car faut bien nommer ainsi le sentiment responsable de ce brusque réveil) réfléchit-elle ?

Mon propos n'est pas de dénigrer l'élan de techouva survenant après une épreuve. Il est plutôt question de le caractériser. Pour tout dire, ce genre d'élan est admirable. Tout élan vers D.ieu qu’un être ressent en son cœur, toute velléité de techouva est une perle pure et précieuse ; le but de l’homme sur terre n’est-il pas de s’attacher à son Créateur ?

Abondance de « bien » ne nuit pas, vraiment ?

Cependant, il faut considérer d’un œil critique cet élan à présent mieux défini. Ceci pour une simple raison, surprenante de prime abord : une aspiration positive non maîtrisée peut être destructive.

Je voudrais me contenter de proposer un début d’explication, car l’approfondissement sortirait du cadre de cette publication.

D.ieu a donné à l’homme l’insigne privilège de parachever Sa création, grâce au « bien » (au sens du principe même de la Création : la Torah) qu’il peut y accomplir. Pour qu’il existe une récompense, il faut nécessairement qu’il existe un mérite ; et pour qu’il existe un mérite, il faut qu’il existe un certain attrait pour ce qui est contraire au « bien ».

Aussi D.ieu a-t-Il créé dans Son monde des forces négatives, désignées par l’expression araméenne « sitra a'hra » (littéralement « l’autre côté »). Quand du « bien » s’accomplit hors du cadre idéal et constructif de la « mitsva » (commandement Divin), « l’autre côté » s’en empare et l’utilise pour saccager le monde.

Un exemple ? Une relation intime entre frère et sœur, curieusement appelée « 'hessed » (bonté, bienveillance) par la Torah : Si un homme épouse sa sœur, fille de son père ou fille de sa mère, qu’il voie sa nudité et qu’elle voie la sienne, c’est du… 'hessed (Vayiqra 20,17). Il s’agit là d’une bonté (au sens d’une pulsion d'amour) sans aucune limite ou retenue. Et ce « 'hessed » à l’état brut si l’on peut dire, qu'il convient en l'occurrence de traduire par « impudicité » ou « inceste », est un exemple extrême de « bien » utilisé par les forces de « l’autre côté ». Beaucoup d’autres exemples existent, plus subtils.

Quand le bien noie le cœur

J'en reviens au sujet. Ainsi, succomber à un élan de techouva non maîtrisé libère soudainement toutes les occasions d’avoir voulu faire le bien sans l’avoir pu, tous les appels de la nechama (l’âme) jusqu’alors passés inaperçus, à l’image d’une lumière intense ayant été retenue par un abat-jour épais.

À cet instant précis, que se passe-t-il en l’homme ?

Pour le comprendre, il faut s'intéresser au célèbre verset tiré du Chema’ Israël : « Ces paroles-là que Je t’ordonne aujourd'hui seront gravées sur ton cœur » (Devarim 6,6). Or pourquoi utiliser une formulation inhabituelle (« sur ton cœur » au lieu de « en ton cœur ») ?

Au fond de lui, chaque homme voudrait croire en D.ieu, Le louer, L’exalter, Le servir. Mais son cœur de pierre l'empêche de se hisser au niveau qui pourrait être le sien. Incapable de l’atteindre, ces émotions positives, loin de disparaître, se déposent justement sur son cœur. Conformément au verset précédent, elles restent gravées sur ton cœur. Et quand dans la vie survient une épreuve, quand la vie cause un de ces chocs capables de fendre le cœur le plus dur, ce qui était posé dessus pénètre enfin en l’homme.

Suite à un choc émotionnel, l'homme éprouve donc le besoin de changer, pris dans un irrésistible élan de techouva. C'est alors que tous les remords passés et refoulés, jaillissent. Ne pensant qu’à rattraper le temps perdu, il prend sur lui toujours plus. Le respect du Chabbath, la cacherouth, les lois du langage, les lois de pureté familiale, la prière, l’étude, le travail sur les traits de caractère, les tefiline : tout y passe ! On amasse, on dévore, on succombe à une boulimie spirituelle qui ne dit pas son nom.

Le témoin extérieur de ce genre de techouva spectaculaire sera généralement admiratif. Face à qui parvient à modifier son mode de vie du jour au lendemain, les éloges sont méritées. On le félicite, on le cite en modèle, on l’envie en secret !

Parfois hélas, tout ceci peut n'être qu’un leurre. Sans que le sujet lui-même s'en doute, la techouva peut être le prélude à une chute que personne ne saura expliquer quand elle adviendra. Comme je l’écrivais, une telle personne ne dirige pas sa techouva mais la subit presque malgré elle. « L’autre côté » qui s’apparente dans ce contexte à son yetser hara’ (mauvais penchant), orchestre en fait tout le processus de main de maître.

La stratégie du mal : encourager le bien

Pourquoi écrire que le yetser hara', l'ennemi intime numéro un pour ainsi le nommer, serait à l'origine d'un puissant élan de techouva ? Au contraire ! La techouva procède du Bien, non du Mal !

Pour éclairer ce paradoxe, je prendrai une image. Quand un soldat isolé voit fondre sur lui une armée déterminée qui s’apprête à le submerger, songe-t-il à combattre ? Non, bien entendu. Il ne pense qu’à fuir, à survivre. De même, quand le yetser hara’ voit fondre sur lui cet élan pur de techouva, peut-il s’y opposer ? Pas davantage. Seulement, le yetser hara’ est un ange. Redoutablement puissant, il ne s'avoue pas si facilement vaincu. Même en sous-nombre, il brigue encore la victoire avec une stratégie pour le moins déroutante : encourager l’ennemi.

Contre toute attente, c'est une stratégie payante. Réalisons : comme le yetser hara’ veut perdre l’homme puisqu'il cherche à le tuer (Tehilim 37,32), il a tout intérêt à porter sa techouva aux nues le plus rapidement possible. Ainsi, il grise et donc prive de conscience, pour un processus qui en a besoin. Une techouva sans conscience, c’est un engagement fort mais à l’aveuglette. Or qui accepterait de signer un papier dans un état second ?

En somme, pour anéantir le Bien, le Mal l’encourage, comme l’illustre cette parabole.

Pris en flagrant délit, un cambrioleur s’enfuit en toute hâte. Alertés par le bruit, des passants se lancèrent à sa poursuite en criant : « Par ici ! Attrapez-le ! ». Le cambrioleur déboucha sur une place publique et se mêla à la foule. Alors il pointa son doigt dans une certaine direction et se mit lui-même à crier : « Par ici ! Attrapez-le ! ».

Vers la maîtrise

Quand le yetser hara’ joue les conseillers et propose à l’homme une stratégie pour le poursuivre, l’écouter serait folie…

La seule solution permettant d’échapper à une défaite programmée est de canaliser l’élan de techouva qui, en soit, reste évidemment positif. En se réappropriant sa techouva, l’homme peut l’adapter à sa mesure, mais aussi l’orienter.

À noter : certaines épreuves peuvent évidemment réveiller l’homme en bien, et la techouva qui s’ensuit est salutaire. Il importe seulement qu’elle lui appartienne pleinement, et là est l’enjeu de cette publication.

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Commentaires (2)

Anonyme, le 28/04/2016 à 09h33

Votre article est juste dans son ensemble. Mais je vous conseille d’être plus vigilant dans vos formulations. En particulier je pense que le titre ne convient pas du tout, il incite à une fausse interprétation et peut malheureusement nuire à de bons élans. Je vous conseille vivement de le changer. « Le piège de la techouva par les épreuves » fait entendre que toute techouva par les épreuves contient un piège (ce qui est faux, je pense) et sous-entend qu’une telle démarche est donc indésirable (ce qui est évidemment faux). Vous le dites vous-même, une techouva est toujours positive, mais je pense que ce n’est pas assez mis en priorité dans votre article, surtout pour des lecteurs novices susceptibles de vous comprendre trop globalement, ou pour des lecteurs qui hésitent à entreprendre une démarche de techouva, attirés par votre titre. En fait, le piège dont vous parlez n’est pas tant dans le fait que la techouva suive des épreuves, que dans le fait qu’elle soit trop rapide, trop précipitée ; il s’agit donc simplement de savoir comment la mener, comment la maîtriser, plutôt que de la colorier en noir (bien involontairement de votre part puisque vous vous en défendez – mais c’est quand même un arrière-goût malencontreux laissé par la lecture de votre article). Par exemple, vous devriez peut-être suggérer quelques pistes positives pour mieux contrôler la techouva tout en conservant la pureté de l’élan vers D’. Cela permettrait de mieux comprendre votre perspective. D’ailleurs, certaines techouva sont trop rapides et non contrôlées même si elles ne suivent pas d’épreuves, notament à un âge jeune ; et d’autres techouva qui, elles, suivent des épreuves, restent cependant bien contrôlées. Je connais personnellement de nombreux cas comme ceci et comme cela (je vis en Israël et ai moi-même fait techouva il y a de nombreuses années). A tel point que je ne suis même pas sûre que le lien que vous effectuez entre la motivation (l’épreuve) et la rapidité de la techouva soit pertinent, du moins en Israël où l’accès à la Torah est plus facile dans toute circonstance. Je ne veux pas dire que les épreuves ne catalysent pas la techouva, c’est évident que oui ; mais juste que ce genre de techouva, certes plus fréquent, ne me semble pas plus rapide qu’un autre, du moins ici. Mais peut-être que je me trompe… ou peut-être aussi que les données en France sont différentes.

Anonyme, le 06/09/2016 à 01h48

Les épreuves sont là pour nous tester et voitcomment on va réagir du bon côté ou du nauvais Côté oui l épreuve c est hachém qui nous l a donné car il nous apprends que il faut vérifier tout de notre nature et comme père regarde ses enfants il ne veut pas les voir souffrir alors l épreuve est là pour revoir tout en une techouva sincère serte des fois on va trop vite alors et les choses se font mal Alors voilà chacun doit apprendre que chaque choses à un temps pour comprendre et agir et hachém aide à nous comprendre et être comprit et nous laisse un libre abrite Le mal ou le bien c est nous qui devons comprendre comment ça marche et c est toute la vie ce travail Chavout a tov

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