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Rester généreux quand tous profitent de moi a-t-il un sens ?
Publié le 17/05/2016
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Chère Sylvie,

Si je comprends bien, votre questionnement résulte de la contradiction entre deux nécessités absolues : la bonté et la protection contre les agressions extérieures.

Plus qu'une nécessité, plus qu'une mitsva (un commandement) de la Torah, la bonté est le principe fondateur par excellence, puisque le monde est construit [1] bonté (Tehilim 83,9). En d'autres termes, si D.ieu n'avait pas usé de Son attribut de bonté, nous n'en serions pas à échanger autour de votre question ! 

Par extension, sans bonté, aucune structure humaine ne peut émerger. Je ne parle pas uniquement d'une société d'individus organisée, mais aussi de l'individu lui-même. Car même l'individu, dans la conscience de sa propre personne, dans son sentiment d'équilibre, se repose sur la bonté. La bonté stabilise, la bonté justifie l'existence. Elle lui donne sinon une direction, du moins déjà un sens. Pour l'anecdote, certaines thérapies incorporent des actes de bonté. Comme si le fait d'aider autrui à construire sa vie, construisait dans le même temps la nôtre.

Quant à la protection contre les agressions extérieures, elle n'est pas moins une mitsva de la Torah : « Vous garderez grandement vos âmes » (Devarim 4,15), est-il écrit explicitement. Sur un autre plan, refuser que l'on nous détruise, y compris refuser de se laisser aller à des comportements auto-destructeurs, même anodins si j'ose dire, est un signe d'équilibre.

Aussi, entre deux mitsvoth et deux pendants de l'équilibre tels que la générosité et la protection de soi, que faire quand l'un survient au détriment de l'autre ?

Justement, il existe un principe dans la Torah, selon lequel une mitsva ne vient pas sur une 'avera (une transgression) (voir Guemara Soukoth). Comprendre : un ordre divin ne peut être accompli à n'importe quel prix, en l'occurrence au prix paradoxal d'une désobéissance à un autre ordre divin.

Il est ainsi des personnes dangereuses dont il faut s'éloigner. Comme nous le disions, c'est une mitsva doublée d'une preuve de construction personnelle. Que ces personnes soit manifestement violentes ou, plus subtilement, que ces personnes soient capables de manipulation, de harcèlement, d'emprise, de séduction perverse, cela revient au même. On doit prendre soin de soi et, à cette fin, il est parfois nécessaire de mettre des distances avec ce genre de "prédateurs" (y compris des proches, dans certaines situations tragiques). Et à ce titre, penser que la générosité passerait devant toute chose, y compris devant la sauvegarde de sa propre intégralité, y compris devant la transgression d'un commandement de la Torah, ne serait pas servir D.ieu, mais plutôt servir son mauvais penchant et… faire preuve de folie.

Pour autant, dans des cas moins extrêmes qui semblent rejoindre votre interrogation, c'est-à-dire dans des cas où des gens se contentent de prendre ce qui leur est donné, de profiter sans témoigner de la moindre reconnaissance, parfois même en "remerciant" avec des moqueries, y a-t-il lieu d'entièrement tarir sa générosité ? Pour poser la question de manière un peu différente, jusqu'où est-il licite de souffrir de sa propre générosité ?

Voici une réponse possible. Elle provient d'un des plus grands Maîtres que le siècle dernier ait vu : Rav Israël Meïr Kagan, plus connu sous le nom de 'Hafets 'Haïm. Quand une femme vint lui demander conseil au sujet de son mari trop gentil, peut-être même un brin naïf, l'histoire ne le dit pas, le Maître évoqua deux notions qu'il nous appartient de méditer, pour espérer voir votre questionnement d'un œil nouveau.

D'abord, le 'Hafets 'Haïm souligna que rester insensible aux difficultés des autres en leur interdisant notre générosité, si tant est qu'ils en profitent comme vous le dites, pourra certes atténuer notre frustration. Seulement, ce seront alors eux qui souffriront, et nous les regarderons souffrir. Or, rester de marbre devant la souffrance d'autrui n'est pas l'apanage de ces personnes raffinées que nous aspirons à devenir.

Le 'Hafets 'Haïm fit en outre part d'une pensée extrêmement subtile, qui appelle un minimum d'introspection.

Au moment où nous aurons à rendre des comptes à D.ieu (voir Pirqei Avoth 3,1), nous constaterons qu'en ce monde, il aura mieux valu avoir souffert de sa bonté qu’avoir fait souffrir par son manque de bonté. Connaître ce précieux secret tout en étant encore de ce monde, nous confère un avantage certain. Nous nous rendons compte que le conseil visant à ne plus rien donner à de vils profiteurs, ne serait pas forcément salutaire…

Notes

[1]  par la

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