Distinguer le potentiel dans les ruines (partie 1/2)

Beaucoup connaissent le fameux enseignement : « Je suis passé par le champ d'un homme paresseux (…) et voici qu'il était tout envahi, des chardons couvraient sa surface et sa clôture en pierres était détruite » (Michlei 24,30-31). Dans cet article, nous allons non pas interpréter ce verset mais l'extrapoler, afin de parvenir à une vision de l'existence à la fois positive et originale.

Imaginons qu'un individu lise une annonce immobilière vantant une « maison de caractère entourée d'un grand terrain boisé, plat, au calme ». Alléché, le voici qui appelle le propriétaire et fixe avec lui un rendez-vous pour visiter. Le jour du rendez-vous arrivé, il se rend sur les lieux non sans excitation, pour finalement découvrir une bâtisse délabrée, plantée au beau milieu d'un champ en friche. S'ensuit une déception bien compréhensible, éventuellement accompagnée d'une franche explication avec le propriétaire dont l'annonce des plus douteuses mérite bien une petite remontrance…

Un instant. Et si nous changeons le scénario ? Oui, laissons-nous convaincre qu'une autre alternative, très différente sans pour autant être déraisonnable, pourrait survenir.

Voici donc notre individu contemplant une maison inhabitable et un terrain certes grand, boisé, plat, au calme, mais dont il se demande qu'en faire. Il était tout envahi, des chardons couvraient sa surface et sa clôture en pierres était détruite. Le lecteur aura certainement reconnu le verset écrit par Chlomo hamelekh[1]. Eh bien, réfléchissons justement à ce verset. Pourquoi la description qu'il présente est-elle à ce point négative ? Gardons également dans un coin de notre tête, cet arrêt sur image, où notre homme découvre un bien immobilier pour le moins éloigné de ses attentes. Aussi, pourquoi le verset s'exprime-t-il en termes si négatifs ? Comme un écho à cette question, pourquoi voir dans ce bien immobilier une sorte de ruine irrécupérable ?

Pour répondre à la première question, peut-être tout simplement parce que le verset est exprimé par une personne très négative… Rappelons-nous en effet qu'une même circonstance objective change littéralement de statut selon la personne qui l'appréhende[2]. Or ce verset, qui l'énonce ? Non pas le roi Chlomo évidemment qui, en qualité de Maître, d'enseignant, doit « surplomber » le verset, doit s'en être détaché après l'avoir lui-même vécu. Et c'est ainsi que c'est n'est pas lui qui parle, mais une autre personne qui figure dans la première partie du verset : « Je suis passé par le champ d'un homme paresseux ». Le champ tel qu'il est décrit, est ainsi l'expression d'un paresseux.

C'est parce que l'homme est paresseux, que son champ est une ruine. Sous-entendu, et la nuance vaut la peine d'être soulignée, c'est parce que la personnalité de cet observateur est « en ruines », que son champ lui apparaît en ruines. Pour un paresseux, tout est subjectivement morne et difficile. Mais la vérité objective est tout autre : ce qui est délabré n'est pas condamné à le rester. Sauf pour une personne connaissant en son for intérieur son inaptitude pour changer la donne, et qui, comme nous venons de le signifier, projette sur le monde l'ombre de sa personnalité.

Revenons à présent à notre acheteur. Nous disions avoir fait un arrêt sur image : il est temps de poursuivre le film de sa vie.

Loin de tourner les talons en insultant copieusement le propriétaire, il reste immobile, embrassant d'un regard pensif la maison et le terrain. Les yeux mis-clos, il semble abîmé dans une profonde réflexion, tandis que ses lèvres remuent de temps à autre sans qu'aucun mot ne s'en échappe. À quoi peut-il penser ? Que peut-il bien imaginer ? Telles sont les questions que se pose le propriétaire quand, soudain, l'homme se tourne vers lui et lâche d'un ton ferme : « Affaire conclue ! ».

Quelle pourrait être la grille de lecture de ce scénario inattendu ? Tel sera l'objet de la suite de cet article.

Notes

[1]  Le roi Salomon.

[2]  On pourrait même dire que l'objectivité n'est qu'un mirage. La vie propose des rencontres avec des personnes subjectives, aux idées subjectives qui, pour être réunies, doivent nécessairement adhérer à un principe de vérité, en fait la seule objectivité qui soit : la Torah.

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