Le remède au fantasme d’éternelle jeunesse (partie 1/2)

Une tyrannie qui ne dit pas son nom

Ah ! Cette tyrannie. Elle est là, partout, autour de nous, en nous parfois ! Mais pour la découvrir, il faut avoir pris du recul. S'être élevé spirituellement, avoir voyagé et côtoyé d'autres horizons, d'autres visages, ou bien avoir vécu comme un observateur de notre société et non pas seulement comme un acteur.

Oui, du recul est nécessaire pour constater cette tyrannie moderne ; et une bonne dose de courage de pour s'élever contre elle.

De quelle tyrannie s'agit-il ? De celle de l'image. Dans notre génération tristement crédule qui croit littéralement ce qu'elle voit (pire même, revendique de pouvoir voir pour pouvoir croire), l'image s'est érigée en référence.

L'apparence aurait pu appeler l'interrogation, susciter l'investigation, exiger de se confronter à la raison. Fi de tout cela ! Aujourd'hui, ce qui est, c'est ce qui paraît. Voici un axiome commode, ôtant à l'homme le poids pourtant salutaire du rapport au réel. Plus de question, plus d'enquête, et surtout… plus de réflexion. En somme, plus d'investissement. Même la conviction s'est mise à la mode du fast-food : la masse a besoin de croire à n'importe quoi pourvu qu'elle croie, et l'individu voudrait se suffire d'une idéologie de masse plutôt que de croire par lui-même – et en lui-même.

Derrière cela s'agitent la peur de la solitude ou encore la peur d'afficher des idées personnelles. Et la conséquence de ces peurs, c'est une immense lassitude à l'idée de se forger ses propres opinions. Tyrannie disions-nous ?

Vive la liberté de (ne surtout pas) penser !

En la matière, les exemples ne manquent pas.

Un curriculum vitae élogieux fera déjà pressentir le candidat idéal ; une critique littéraire enflammée proclamera déjà le prochain best-seller, offrant en prime l'économie de la critique personnelle ; un costume masculin à la mode habillera le gentleman autoproclamé ; une publicité vendra du rêve au mépris du vrai ; une chanson sera saluée pour l'artiste qui y participe et non pour la profondeur de son message, si tenté qu'il y en ait un.

Et puis, comment faire l'impasse sur l'exemple par excellence ?

Une femme savamment apprêtée s'imposera comme celle que chaque homme aurait rêvé d'épouser pour les plus moraux, de posséder un instant pour les plus communs. En fait, les uns comme les autres se fourvoient. Mensonge que la grâce ! Vanité que la beauté ! Seule la femme qui craint D.ieu est digne de louanges (Michlei 31,30). La beauté serait une sorte de défaut ? Non, bien évidemment. Il faut plutôt entendre que la femme, dans son essence, dans son identité, se dissimule en-dedans au lieu de s'afficher au-dehors. Le beau n'a que les apparences, quand le vrai n'en a que faire !

Quitte à nous répéter, de nos jours, le croire succède au voir sans transition. Cette immédiateté prive nécessairement l'homme de toute possibilité d'intériorisation.

Même si certains aimeraient croire le contraire, l'apparence est généralement le moteur aveugle de la confiance. Que l'on exhibe telle image, et voici l'objet ou la personne que celle-ci représente étiquetés. Que cette image soit altérée et l'opinion change aussitôt, sans objection ou si peu…
Pourtant, dans la réalité de l'existence, n'a-t-on pas coutume d'attendre par exemple que les événements aient un tant soit peu éprouvé un camarade pour que celui-ci devienne un ami ? Pour prendre un autre exemple, qui oserait prétendre que la croyance en D.ieu va de soi ? Rien n'est plus faux. La emouna (foi) se pense, s'oriente, se construit.

S'il en est donc ainsi, si l'opinion ou la conscience (peu importe le mot tant que nous tenons l'idée) prennent du temps pour s'élaborer, pourquoi s'insurge-t-on rarement contre la tyrannie de l'image ? 

Tous les tyrans du monde privent de liberté, et c'est bien cela qui pousse à la révolte. Quant à la tyrannie de l'image, elle se dit différente. Elle tyrannise, c'est entendu. Mais c'est pour le bien des opprimés que cette "bienfaitrice" sévit : n'octroie-t-elle pas la liberté ? La liberté de ne pas avoir à penser. Le confort d'une opinion qui n'a besoin ni de temps, ni d'implication. C'est une opinion prête à l'emploi.

Cette soi-disant liberté, il faut en convenir, est en fait la pire des prisons, puisque le prisonnier… s'y sent bien.

La suite est connue.

Il paraît d'abord confortable de ne plus « se fatiguer » à penser, de cesser de se connaître en profondeur pour se construire toujours davantage. Un jour pourtant, c'est la déconvenue. On comprend, souvent brutalement, que s'habituer à ne pas être c'est cultiver la peur d'être. Et le jour où la vie nous appelle au rôle que l'on devrait alors assumer, on n'est pas là, puisque que l'on n'est même pas.

À suivre…

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