Souffrance, reconstruction de soi et Providence (Partie 2 sur 2)
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Au cours de la première partie de notre article, qui peut être vu comme une longue mais nécessaire introduction, nous avons voulu sensibiliser à la nécessité de laisser une place à D.ieu dans sa vie. Notre blog et notre activité d’analyste étant focalisée sur l’aide aux personnes en souffrance, nous avons tout naturellement précisé que l’importance d’une telle démarche pouvait, devait être associée à toute reconstruction de soi.

La question centrale derrière notre article pourrait être la suivante. Comment mieux appréhender et, dès lors, comment mieux gérer ces situations du quotidien si promptes à surprendre, à déstabiliser, jusqu’à éventuellement susciter le doute puis la souffrance qui accompagne celui-ci ? Le lecteur l’aura compris, il va évidemment être question de la Providence. Nous allons pourtant tâcher d’aller plus loin qu’un laconique « C’est min haChamaïm » lequel, s’il est rigoureusement vrai pour reprendre les mots utilisés dans la première partie, ne perd assurément rien à être prolongé par des considérations peut-être plus pratiques.

Il existe dans l’un des livres de Chlomo haMelekh (le roi Chlomo), un passage particulièrement emblématique.

Il y a un temps pour tout et chaque chose a son heure sous le ciel. Un temps pour tuer et un temps pour guérir, un temps pour briser et un temps pour construire, un temps pour pleurer et un temps pour rire, un temps pour se lamenter et un temps pour danser, un temps pour jeter des pierres et un temps pour ramasser des pierres, un temps pour étreindre et un temps pour fuir l’étreinte, un temps pour chercher et un temps pour perdre, un temps pour garder et un temps pour rejeter, un temps pour déchirer et un temps pour rapiécer, un temps pour se taire et un temps pour parler, un temps pour aimer et un temps pour haïr, un temps pour la guerre et un temps pour la paix.

Qoheleth 3,1-8

On aurait tendance à comprendre ces versets en se disant qu’en effet, la vie est faite d’une succession de circonstances, des temps dans le langage de Chlomo haMelekh, où parfois on tue, parfois on guérit, parfois on brise, parfois on construit et ainsi de suite.

Eh bien, pour revenir au coeur de notre propos, si l’on écartait la Providence de sa propre compréhension du monde, comment comprendrait-on un tel passage ? C’est pourtant vrai, se dira-t-on, parfois on fait la guerre par exemple, et parfois on fait la paix. Quand c’est le temps de la guerre, il faut bien aller se battre et quand c’est le temps de la paix, il faut bien profité de la sérénité que celui-ci nous octroie. Or, une telle compréhension du monde, par laquelle on se met en quelque sorte au diapason des événements sans la moindre velléité de contrôle, a quelque chose de très fataliste. On vit de manière quasi robotisée. L’autre veut se disputer ? Soit, disputons-nous, gâchons notre relation, parions sur des lendemains orageux ! L’autre veut se réconcilier ? Bon, pourquoi pas après tout. Mais agir de la sorte reste tout de même tellement inconsistant ! Que l’on est loin de l’intelligence sublime dont l’homme est doté ! Se contenter de mettre si peu de sens dans sa vie, accepter une telle vacuité en serait presque dégradant.

Alors, que désignent vraiment ces temps ?

Ils se rapportent à ce que l’on pourrait appeler poétiquement les couleurs de la vie. Ces temps, la Providence les envoie à chacun d’entre nous. À certains moments, on se sent pris d’affection pour son prochain : c’est un temps pour étreindre. À un autre moment, on ressent de l’hostilité vis-à-vis de lui : c’est un temps pour rejeter. La Providence ne nous enlève alors pas notre libre-arbitre, nous manipulant comme de vulgaires pantins, mais Elle peint plutôt la vie d’une certaine couleur, ici et maintenant, juste devant nos yeux. Parfois les couleurs sont vives et chaudes, parfois elles sont ternes et froides. Toute la question, tout le positionnement de l’homme, toute sa gloire, résulte alors d’un questionnement intime : « Comment vais-je traverser ce temps que la Providence m’envoie et, si je le puis, en tirer parti ? ».

Dans la construction de soi, un tel questionnement est gagnant. Il fait gagner beaucoup de « temps » justement, mais aussi beaucoup de maturité et, sur un autre plan, beaucoup d’espoir. En effet, une personne en phase de reconstruction personnelle est interpellée (pour ne pas dire agressée) sans trêve par ses propres souffrances. Tout ce qui n’est pas encore construit chez elle « accroche » à la réalité et donne le sentiment, un sentiment ô combien tangible, d’emprunter la route de l’épanouissement à reculons.

Sans trêve donc, une telle personne revit les même schémas psychiques aliénants, reproduit les mêmes réflexes comportementaux qui la désavantagent et la mettent en difficulté, parfois en péril, replonge implacablement dans les mêmes angoisses. Alors survient un temps, qui pourra être matérialisé par exemple tantôt par un patron harceleur, tantôt par un enfant réclamant une affection que l’on peine tant à exprimer. Que fera-t-on quand viendra ce temps ? Le subira-t-on et sombrera-t-on, se forcera-t-on à oublier, en s’aidant éventuellement de ces substituts addictifs si utiles pour se déconnecter du réel ? Oui, oublier… fuir, se réfugier dans des états où l’on se sent mieux parce que l’on ne sent rien, dormir d’un sommeil si désespéré au fond, en attendant le prochain temps qui donnera au réveil un goût particulièrement amer.

Ne nous leurrons pas : pour bien des gens en souffrance, ce genre de schémas est la norme. À de telles personnes notamment, nous conseillerions humblement de comprendre tous ces temps comme un émanation providentielle, au sens où elles sont suscitées, voulues, et même précédées d’une intention, d’une intention positive qui plus est. Pour faire une nouvelle fois référence à la première partie de cet article, le monde n’est pas soumis au hasard. Il suit une voie précise, aux étapes définies d’avance. Le fait que nous ne comprenions pas cette voie n’est pas très dérangeant. Voyons, tant que le Capitaine sait où Il mène Son navire, cela suffit !

Mettre la Providence dans sa vie change complètement la perception que l’on en a. 

Quand on se trouve seul dans une pièce et que l’on doute, et que l’on pleure, et que l’on ne voit aucune issue face à telle ou telle situation, c’est indubitablement un de ces temps que l’on traverse, les uns après les autres. Sauf qu’alors on n’est pas seul. On est deux : soi-même qui fait face à ce temps, et la Providence Qui l’a suscité. Quand on tente de gérer une situation conflictuelle avec autrui, on n’est pas deux. On est trois : les deux qui expérimentons ensemble ce temps, et la Providence Qui l’a suscité. Le lecteur aura compris.

En fin de compte, quand on s’habitue à une telle perception, les temps, les couleurs de la vie, les circonstances du quotidien par lesquelles on passe, tendent à dépasser l’horizontalité pour inaugurer une relation verticale. S’il y a un sens, il doit être trouvé, la finalité même de l’existence étant la poursuite de la vérité. Dans cette optique, se demander : « Qu’est-ce que D.ieu attend de moi ? », car il s’agit bien de cela, ne peut plus jamais être assimilé à une interrogation oppressante. Cela devient une ouverture, une invitation à chercher le beau, le bon et le vrai, tant pour soi que pour la collectivité.

L'auteur

Analyste, je partage mon intérêt pour la construction de soi à travers ce blog. J'aide par ailleurs des personnes en souffrance à se reconstruire. Au fait, vous avez aimé cette publication ? Je vous laisse découvrir mon livre !

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