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Les deux bases de l'éducation
Publié le 03/09/2017
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Quoi de plus attristant qu'une plante qui dépérit, exposée à un climat trop sec ou trop humide et de toute façon inadapté à sa nature ?

Attristant, mais néanmoins enrichissant. Car prenons le cas d'un climat trop pluvieux ou, ce qui revient au même, d'un arrosage manuel exagéré. Le résultat est la plante se noie. Mais l'eau c'est la vie, aussi comment expliquer que la vie ait amené la mort ? Une seule réponse s'impose : parce qu'il y en avait trop. Et c'est cela qui nous paraît enrichissant. Le principe fondamental, quoique souvent ignoré, selon lequel l'excès d'abondance est dommageable.

Notre réflexion a pour point de départ cette réalité. Alors que l'eau est incontestablement le berceau de la vie [1], un apport d'eau non contrôlé en est la tombe. Or qu'est-ce que le contrôle ? C'est essentiellement l'établissement d'une limite. Ceci nous ramène à un conseil fort précieux dans le domaine de l'éducation [2]. Pour avoir du sens, la bonté doit impérativement s'inscrire dans un cadre. Une bonté non dirigée, une bonté aveugle pour tout dire, ne produit que la destruction. Y compris si elle part d'un bon sentiment, croyons-nous utile d'ajouter. Reconnaissons que la seule sincérité ne peut suffire à justifier une décision, quelle qu'en soit la nature. Beaucoup croient qu'être sincère c'est être vrai. C'est une illusion. Certes, la sincérité est un élément moteur indispensable, qui donc participe à l'avancée. Seulement, ayons le courage de nous demander : à quoi sert d'avancer quand la direction n'est peut-être pas la bonne ?

« Abondance de biens ne nuit pas », assure le dicton populaire. Nous disons quant à nous tout le contraire ! Abondance d'eau détruit la plante : quand la plante a trop, elle meurt. Le verbe est lâché. Avoir. Et d'emblée, on comprend qu'avoir ne suffit pas pour être [3], puisque la plante qui ne fait qu'avoir (ce qui lui est de plus strictement nécessaire) ne peut plus être.

Il est temps d'abandonner la plante pour nous focaliser sur une autre créature dont on espère qu'elle pousse elle aussi : l'enfant. Pour autant, nous n'abandonnons pas la comparaison qui, nous allons le voir, va s'avérer précieuse. L'enfant ne diffère pas de la plante. Comme pour elle, son épanouissement dépend étroitement du climat.

Or combien d'enfants voit-on s'étioler plutôt que de se développer, ou grandir courbés plutôt que de pousser droit ? Alors ce sera à qui soupirera avec le plus de dépit face à ces échecs vivants qui ne sont, croit-on, que « de la mauvaise graine ». Ce sera à qui lancera le regard le plus désapprobateur, lâchera la remarque la plus acerbe, ou dans un autre registre, plaindra les infortunés parents qui n'ont jamais rien fait pour mériter ça !

Et si, au lieu d'une mauvaise graine [4], il y avait une mauvaise terre [5] ? Si, au lieu de considérer une plante difforme, il fallait plutôt révéler une atmosphère viciée ? Mais qui se soucie de voir au-delà de ce que l’œil a déjà imposé comme une vérité de pacotille, et cependant tellement commode du fait qu'elle dispense de l'effort inhérent à une recherche de vérité authentique ?

Voici donc un premier élément entrant en ligne de compte dans tout projet éducatif : l'atmosphère familiale. Dans un couple qui s'aime, c'est-à-dire au sein duquel règnent la stabilité, le respect, l'écoute, l'empathie, l'échange, la bienveillance [6], l'enfant a toutes les chances de devenir. Il faut bien sûr s'en occuper, partager son temps avec lui, le guider pour qu'il s'affirme sans oublier d'accueillir favorablement ses tentatives en ce sens, seraient-elles maladroites. L'éducation est tout un art, chaque parent sait cela. Mais au moins, dans une ambiance agréable le meilleur peut être sereinement envisagé.

Nous en venons à un deuxième élément, puisque nous parlons de partager avec l'enfant, donc nécessairement de lui donner. Lui donner quoi au juste ? Souvenons-nous de la plante noyée par cette eau pourtant vitale. Nous relevions que cette plante avait. Elle avait tant qu'elle ne pouvait plus être. Or combien de parents sont tentés de rendre leurs enfants heureux… en faisant en sorte qu'ils aient ? Qu'ils aient la joie de posséder de nouveaux cadeaux, qu'ils aient la satisfaction de voir leurs désirs (parfois leurs caprices) aussitôt satisfaits [7] ? Mais à force d'avoir, ces enfants ne se réalisent guère. Ils ne deviennent pas eux-mêmes. Ils deviennent, c'est certain, mais ils deviennent des machines à vouloir avoir et qui, même adultes, continueront à penser que tant qu'ils ont ils sont heureux, et que tant qu'ils n'ont pas ils sont malheureux. Affreuse méprise entre avoir et être, qui débouche hélas sur des frustrations et des colères littéralement vaines.

Et tout à cause de quoi ? À cause d'une erreur d'appréciation fondamentale des parents qui, en donnant à outrance à leur enfant, ont cru lui faire du bien. Il est certain qu'ils lui ont fait du bien. Seulement, ce bien se limitait à un plaisir des sens, un plaisir de l'instant, loin d'un plaisir générateur de mouvement, un plaisir déjà dépassé pour construire l'avenir. C'était un plaisir perdu, en somme. Que les parents aient donc conscience qu'être et avoir sont deux verbes distincts relatifs à deux dimensions distinctes. Être ce n'est définitivement pas avoir.

Par contre, en étant, il devient possible de sublimer ce que l'on a pour exister ou faire exister autre. Élever une dimension matérielle vers une dimension spirituelle : n'est-ce pas l'enjeu même de la vie ici-bas ?

Notes

[1]  Parlez-en donc à ces cosmologistes qui traquent fiévreusement la moindre trace d'eau dans l'univers, dans l'espoir avoué de trouver de la vie !

[2]  D'autant plus précieux qu'il s'étend bien au-delà de ce seul domaine.

[3]  Dit avec plus de précision, celui qui a trop risque d'en arriver à oublier d'être, et celui qui est suffisamment a tout loisir d'apprécier ce qu'il a, c'est-à-dire d'avoir véritablement.

[4]  Qui appartient à ce qui est visible, perceptible.

[5]  Qui appartient à ce qui est caché de l’œil, et l'on sait combien la vérité s'ancre précisément dans cette dimension.

[6]  En fait, tous ces champs d'action qui aident deux personnes distinctes à converger vers le but suprême d'un couple : l'union.

[7]  C'est bien sûr ce à quoi nous faisions référence en préambule, en évoquant une plante soumise à « un arrosage manuel exagéré ».

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