L'autre est... un autre que soi
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En ces temps de repli sur soi, voici un enseignement du 'Hazon Ich qui peut déconcerter : normalement, tout homme devrait se réjouir en rencontrant un autre homme, à l’image d’un explorateur égaré dans une contrée hostile et qui, à la vue d’un semblable, éprouverait une saine allégresse. Mais au quotidien, c’est la méfiance qui prédomine, quand elle ne se mue pas en agressivité ou en haine gratuite. Malheureusement, force est de constater que l’autre est d’abord perçu comme un opposant, un rival. Plus que tout, la différence dérange et même oppose.

Il semble évident que « l’autre » est un autre que soi, justement. Un autre, cela veut dire un autre vécu, une autre sensibilité, une autre vision du monde, d’autres manières de manifester sa volonté. Évident, vraiment ? Rien n’est moins sûr. Prenons l’exemple banal d’un individu qui, remarquant un stylo, demande à son propriétaire : « Puis-je emprunter ton stylo ? ». Tandis que la linguistique offre la possibilité de répondre par « oui » ou par « non », les codes comportementaux privilégient d’autres règles. Si l’autre me refuse ce « oui » que je m’attends vaniteusement à entendre, c’est ma volonté qu’il refuse, c’est mon désir existentiel qu’il étouffe ! Peu importe la raison du refus[1]. Le sort de cet individu est scellé et, à mes yeux, il devient aussitôt antipathique, pour ne pas dire indésirable. Ne parlions-nous pas de haine gratuite ?

Cet exemple aide à mettre en lumière un aspect parmi les plus troublants de la nature humaine. En demandant à l’autre la permission d’utiliser sa propriété, contre toute apparence on ne formule pas une demande. Souvent et sans en avoir l’air, on énonce plutôt avec force un droit personnel. Le droit autoproclamé de disposer de lui. Le « oui » qu’il pourrait éventuellement répondre à la demande initiale n’est plus une option. C’est une injonction à la fois tacite et pressante, presque une menace sous couvert de politesse : « Si tu refuses de me prêter ceci, tu n’auras droit qu’à mon ressentiment ». L’autre perd en fait momentanément sa légitimité à être. C’est comme s’il n’existait soudain plus que pour assouvir une volonté étrangère à la sienne.

Un simple stylo aura suffi à trahir le refus, latent, du droit d’autrui à l’existence. Ou plutôt, l’autre a bel et bien droit à l’existence, mais en tant qu’objet, en tant que relais inerte permettant à un tiers d’accéder au plaisir.

Cette nature humaine, il importe de la corriger. Le propre du serviteur de D.ieu n’est-il d’ailleurs pas de la sublimer au lieu de la subir ou de s’y complaire ? Dans cette optique, ayons le courage de rappeler à nouveau qu’en regardant l’autre, on regarde littéralement… un autre que soi, et non pas soi.

 


 

Cet extrait est tiré du livre Et par elles, vous vivrez ! (tome 2), consacré au rapport à l'autre. Pour le découvrir, cliquez ici.

Notes

[1]  Fut-elle valable, par exemple le fait que le stylo ne lui appartienne pas !

L'auteur, David Benkoel

Analyste, j'aide des personnes passant par diverses difficultés psycho-émotionnelles à se reconstruire.
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