Histoire du soldat médecin
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L'histoire extraordinaire suivante est tirée de notre livre Et par elles, vous vivrez ! (tome 2), actuellement en phase de relecture.


Il était un couple de villageois qui n’avait jamais eu d’enfants. Ils décidèrent de rendre visite à Rabbi Israël, le célèbre Maguid de Koznits, afin de lui confier leur peine.

Celui-ci les reçut et leur donna sa bénédiction.

Au bout de quelques mois, la femme tomba enceinte. Mais peu après l’accouchement, son enfant tomba malade. Il s’affaiblit rapidement, au point que ses parents se mirent à craindre pour sa vie. La femme supplia son mari de retourner à Koznits. Là, Rabbi Israël assura à l’homme que le couple n’avait pas à s’inquiéter. Bientôt, avec l’aide de D.ieu, leur enfant guérirait.

Dans les jours qui suivirent, l’état de l’enfant se dégrada considérablement. Malgré les paroles apaisantes de Rabbi Israël, les parents étaient rongés par l’inquiétude. Jour et nuit, la mère restait au chevet de son fils, assise sur une chaise. Quand il lui arrivait de s’assoupir, elle ne restait jamais endormie très longtemps. Malgré l’épuisement, elle le veillait avec tout le dévouement dont est capable une mère.

Elle émergeait justement d’un demi-sommeil, entrouvrant les yeux, quand soudain elle sursauta. Devant elle se trouvait un soldat en uniforme, qui semblait ne lui accorder aucune attention. Penché vers l’enfant, il versait le contenu d’une petite fiole dans sa bouche. La mère poussa un cri strident, au son duquel le soldat disparut comme par enchantement.

Alerté par le bruit, le père accourut dans la chambre. En voyant sa femme en état de choc, il s’employa à la calmer et à la rassurer. Quand elle fut en état de parler, elle lui raconta l’étrange apparition qu’elle était sûre d’avoir vue. Il l’écouta attentivement, ne sachant pas trop quoi penser de son étrange récit.

Le lendemain matin, l’enfant se sentait mieux. Les jours suivants, son état ne cessa de s’améliorer jusqu’à ce qu’il guérisse complètement.

Mais un doute sourd jetait une ombre sur la joie des parents. La mère en particulier était inquiète. Elle repensait sans cesse au mystérieux soldat qu’elle avait surpris aux côtés de son enfants. Qui était-il ? Était-ce un sorcier ou un démon ? Devant le trouble de son épouse, le mari se résolut à repartir pour Koznits.

Lorsque Rabbi Israël entendit toute l’histoire, il se contenta de rassurer le père de famille avec affabilité. Mais à peine avait-il pris congé, que le visage de Rabbi Israël changea. Visiblement préoccupé, il appela son bedeau.

— Rends-toi au cimetière, muni de ma canne. Tu taperas sur telle tombe avec elles, et diras à son occupant que j’aimerais le rencontrer.

Assez peu rassuré, le bedeau s’exécuta malgré tout. Peu de temps après, un soldat en uniforme se présenta. Le bedeau l’introduit auprès de Rabbi Israël.

— Qui donc t’a nommé médecin des enfants ? demanda Rabbi Israël à brûle-pourpoint. N’es-tu pas soldat ?
— Je l’étais en effet, Rabbi. Laissez-moi vous raconter mon histoire.

« Après mon enrôlement dans l’armée russe, je m’éloignai progressivement de mes racines juives. Bientôt, je devins semblable à mes camarades de troupe. Je parlais comme eux, je mangeais comme eux, je me comportais comme eux, grossièrement, sans retenue. La seule trace de mon judaïsme était mon nom, que j’avais curieusement tenu à conserver envers et contre tout.

Un soir, en patrouille avec plusieurs camarades de garnison, nous rencontrâmes un Juif qui rentrait chez lui. Nous l’encerclâmes, le fouillâmes et tirâmes de sa poche soixante-quinze roubles. Après l’avoir dépouillé de son argent, non contents de notre méfait, nous commençâmes à le rouer de coup, ce qui nous fit beaucoup rire.

Puis nous redevînmes sérieux, face à un inévitable dilemme. Fallait-il laisser repartir cet homme ? S’il venait à rapporter l’incident à notre commandant, nous pourrions être sévèrement sanctionnés. Nous prîmes donc la décision de pendre le malheureux. Mais au moment où nous mîmes notre sinistre plan à exécution, je sentis quelque chose se réveiller en moi. Une sorte de gêne, une émotion, un réveil lointain qui commençait à ébranler mon cœur. Mon âme juive renaissait. Et alors que mes camarades juraient et riaient face à mon pauvre frère qui se balançait au bout d’une corde, je me sentais bouleversé. Tout mon être rejetait l’acte horrible dont je venais de me rendre complice.

En retournant à notre garnison, mes camarades continuaient à plaisanter tapageusement. Je profitais qu’ils ne faisaient pas attention à moi pour leur fausser compagnie, retournai sur le lieu du crime et détachai ce Juif. J’essayai même de le ranimer. À mon immense surprise, il vivait encore. En fouillant dans mes poches, je trouvai même ses soixante-quinze roubles et les lui remis machinalement.

Entre-temps, mes camarades étaient rentrés à la caserne. Dès qu’un officier fit l’appel, mon absence fut remarquée. Le commandant en demanda la raison à mes camarades. Ils ne surent quoi répondre, mais lui proposèrent de retourner me chercher.

Quant à moi, j’étais resté sur place, trop perturbé par les pensées contradictoires qui se déchaînaient en moi. Mes camarades ne tardèrent pas à me trouver. Ils s’aperçurent que le Juif que nous avions pendu n’était plus là et comprirent aussitôt que je l’avais sauvé. Sans la moindre pitié, ils se saisirent de moi et me pendirent à sa place, après quoi ils revinrent à la caserne et prétendirent ne pas m’avoir trouvé.

Après ma mort, je fus convoqué devant le Tribunal céleste. On ne savait pas quoi faire de moi. D’un côté, je ne pouvais pas être envoyé au Gan 'Eden car j’avais beaucoup fauté. De l’autre côté, je ne pouvais pas être envoyé au Guehinnom car j’avais sauvé la vie d’un Juif, et l’avais même payé de ma propre vie.

Finalement, on me dit que j’aurais besoin de grands mérites avant de pouvoir entrer au Gan 'Eden. Pour les amasser, je fus contraint de redescendre en ce monde afin d’y soigner des enfants. »

L'auteur

Analyste, je partage mon intérêt pour la construction de soi à travers ce blog. J'aide par ailleurs des personnes en souffrance à se reconstruire. Au fait, vous avez aimé cette publication ? Je vous laisse découvrir mon livre !

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