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Quelques mots sur la dépression...
Publié le 01/08/2016
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Dépression. Bien que largement galvaudé, le mot continue à effrayer.

Oui, on a peur d'être catalogué comme étant dépressif ! Peur d'être montré du doigt et de se retrouver encore plus seul, peur d'être différent des autres, peur d'être officiellement souffrant, peur d'être amoindri aux yeux de la société, à ses propres yeux aussi. Ces peurs sont surtout sociales. Elles sont conditionnées par l'opinion extérieure.

Car en soit, la dépression est-elle fondamentalement grave ? Après tout c'est un état d'âme, comme on en traverse des centaines chaque jour. Craint-on par exemple d'avouer un manque de motivation à des amis, à des collègues ? Non, bien sûr ! Pourtant, la dépression y ressemble. Elle a en commun l'absence de ce feu intime qui pousse à désirer, à projeter, à vivre. Mais que faire ? Dans un monde d'apparences, où l'illusion de la force, de la jeunesse, de la réussite (tout ce qui finalement ne dépend pas du tout de l'homme…) a la primauté, la dépression demeure une sorte de maladie honteuse, qu'il faut donc taire absolument.

De manière générale, les définitions sont commodes. Elles permettent de fixer les idées, d'organiser le savoir. Justement, si on tentait d'unifier les causes des dépressions en une seule définition, qu'elles soit passagères ou chroniques, qu'elles se traduisent par une légère mélancolie ou charrient des idées suicidaires, on pourrait peut-être dire que la source de toute dépression, c'est le désespoir (ou le dégoût) né de la non réalisation de soi.

Chaque être humain aspire à exister. Quand nous sentons-nous exister ? Soit quand nous voyons une aspiration personnelle [1] finalement se concrétiser [2], soit quand la société au sens large nous remarque pour ce que nous sommes ou pour ce que nous faisons [3].

Ainsi, si un individu ne voit pas ses aspirations devenir réalité et est donc contraint de se cantonner à ses rêves, ou bien s'il se sent socialement dévalorisé [4], les deux manifestations n'étant d'ailleurs pas contradictoires, il ne tardera pas à se sentir « sortir du monde ». Cette coupure, par ainsi la nommer, c'est la dépression au sens large.

Ces deux aspect sont encore unifiables en une seule définition, plus essentielle. Toute dépression (ou toute manifestation qui s'en rapproche) est due à un conflit entre la volonté humaine et la volonté divine. Plus clairement, quand l'homme veut que sa vie prenne telle orientation, ambitionne de profiter de telle expérience, de remporter tel succès, et que D.ieu, dans la réalité qu'Il organise manifestement autour de cet homme, impose une orientation différente, la dépression n'est pas loin. Plus précisément, après des phases de rejet, de colère, de frustration, l'homme est susceptible de s'enfoncer dans la dépression.

C'est d'ailleurs pour cette raison que les authentiques tsaddiqim (Justes) sont toujours joyeux. Dans la droite lignée de la maxime : « Fais de Sa volonté ta volonté » (Pirqei Avoth 2,4), ils désirent tout simplement ce que D.ieu désire. De la sorte, ils n'ont jamais à gérer une contradiction qui pourrait menacer leur sérénité. D.ieu désire m'emmener dans telle direction ? D.ieu change Ses plans et me projette ailleurs ? D.ieu me donne ceci ? D.ieu me prend cela ? « Me voici ! » (Berechith 22,1), au sens de « J'y suis pleinement disposé ! ».

Il est vrai qu'une telle posture procède d'un niveau spirituel grandiose. Cependant, même si celui-ci paraît hors de propos, même s'il n'est pas le nôtre et ne le sera peut-être jamais, il doit néanmoins demeurer notre ligne d'horizon (atteignable, quant à elle).

En tout état de cause, la résolution d'une dépression, de manière essentielle  [5], oblige à accepter la volonté divine comme étant la seule option envisageable. De toutes les réalités, la meilleure qui soit.

Parfois, dans des cas tragiques, adopter cette posture se révèle très difficile, impossible même pour tout dire. La Torah ne demande pas à l'homme l'impossible. S'il n'est pas d'accord avec D.ieu, qu'il fasse ce qu'il peut avec le niveau spirituel qui est le sien, qu'il traverse sa souffrance en essayant de ne pas se révolter, qu'il pleure, prie et implore son Créateur, qu'il Le supplie de l'aider, sinon à comprendre, même un petit peu, du moins à accepter. Car nous savons bien que c'est en acceptant l'inacceptable, parfois des années après, que l'on résout les doutes, le rejet intime de la réalité qui s'était jusqu'alors traduit en dépression.

A l'extrême, il est des situations particulièrement traumatisantes dont il est impossible de se remettre, même à l'échelle d'une vie. Fort heureusement, elles sont rares [6]. Pour ces situations aussi, la dépression s'évanouit avec l'acceptation et, dans ce genre de cas extrêmes, l'acceptation ne peut passer que par l'explication. Or, de par son essence, ce monde ne peut pas supporter certaines réponses. Il n'est pas compatible avec la vérité absolue.

C'est ainsi que la résolution de tous les doutes, la joie pleine, quasiment infinie, sans la moindre ombre de questionnement pour la gâcher, existe, mais pas ici. Pas dans ce monde. Cette joie sera la nôtre dans le monde de vérité justement, le fameux 'olam haba (monde à venir). Là, toutes les peines seront oubliées, comme si elles n'avaient jamais existé. Nous comprendrons que toute la vie n'était qu'un songe, et d'une certaine manière un vilain cauchemar. Nous étions comme des gens qui rêvent (Tehilim 126, 1), nous exclamerons-nous ! La réalité ultime, rassurante, source de bonheur, celle à laquelle nous n'avions pas eu accès le temps que nos âmes transitent par ce monde, reprendra ses droits. Alors, nous ne serons qu'heureux.

Notes

[1]  C'est-à-dire une simple émanation du monde des idées et de l'imagination.

[2]  C'est-à-dire devenir partie intégrante de la réalité palpable et expérimentable.

[3]  C'est-à-dire nous attribue de l'estime, ce que l'on nomme en hébreu du kavod, un facteur si « massif », si « lourd » (kaved, mot de la même famille), qu'il maintient littéralement l'homme.

[4]  Ou s'il se sent non valorisé, ce qui, dans le domaine de l'éducation notamment, peut sensiblement revenir au même.

[5]  Donc de manière sûre, mais difficile.

[6]  Mais même s'il n'y en avait un qu'une dans toute l'Histoire, ayant ébranlé un seul homme, peut-être cela aurait-il suffit pour la considérer.

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