Femmes provocantes : reines ou servantes ? (Partie 2 sur 2)

Nous rappelions au début de la première partie combien la séduction féminine produit chez l'homme des effets colossaux.

Il est des choses que l'être humain traîne en lui toute sa vie, des choses qu'il est incapable d'oublier. À ce sujet, on pense volontiers aux témoignages d'anciens soldats. Ils évoquent des images ou des sons qu'ils revivent encore des années après, et cela les traumatisme profondément. Et puis, il y a des émotions autrement plus douces, non moins capables de s'enraciner dans le cœur durablement. Le sourire d'une femme peut être de celles-ci. La séduction n'est certes pas uniquement cantonnée au vulgaire, à ce qui est au fond montré avec cynisme, avec une sorte d'irrespect pour soi et pour l'autre. La séduction, ce peut aussi être un bref regard échangé et qui, malgré tout, peut vous marquer un homme à vie.

Nous pensons par exemple à ce vétéran américain de la deuxième Guerre Mondiale, presque centenaire. Il lui avait été proposé de revoir une dame, à l'époque toute jeune femme française, qu'il avait croisée après le débarquement. Quand on lui révéla qu'elle était encore vivante, il fut heureux ; quand on lui apprit qu'il était question d'aller lui rendre visite, il fut ému. À peine assis à ses côtés, la voix tremblante d'émotion, il lui dit : « Je vous ai toujours aimée. Vous n'êtes jamais sortie de mon cœur ». Oui, telle peut être la prodigieuse puissance de la séduction[1].

Ainsi donc, la séduction féminine interpelle l'homme, pour le moins.

Et bien qu'elle ne se cantonne certes pas au vulgaire pour reprendre ces mots, quand elle se fait provocante et donc plus perceptible, plus évidente, la force de l'appel est décuplé. On ne peut plus guère parler d'un léger trouble, mais d'une franche pulsion. Cette pulsion n’a d’ailleurs rien d’animal, comme certains se plaisent à le dire. Elle est strictement humaine, et si elle est humaine c'est que, pour nous autres croyants, elle a été mise en l'homme par son Créateur. C’est en fait le catalyseur psychologique et sentimental de l’union conjugale[2].

Si le lecteur à été attentif à ce que nous venons juste d’écrire, il aura déjà compris pourquoi la séduction, dans le contexte où nous l’évoquons, sort de son cadre et renonce donc à son merveilleux potentiel.

En un mot, la séduction ostensible à destination de quiconque, c'est-à-dire de personne, a été détournée de son but premier. Elle qui devait servir à unir un couple investi dans un projet pour la vie, un couple qui, à peine marié, aurait espéré devenir bientôt une famille, la voici réduite à… autre chose. À un prétexte, pour commencer. En fait, à un simple appât visant à contenter un besoin personnel. Et cette chute dans l’utilisation d’un mécanisme au départ constructif, fédérateur, louable, sublime, ne saurait être glorieux. Ce nivellement par le bas ne peut être que teinté de négativité. C’est une perte, c’est un renoncement, c’est une régression ! C’est un regrettable gaspillage.

Et puisque nous en parlons, quel besoin personnel devrait être satisfait du point de vue de la femme ? Quelle pourrait être la fonction d’une séduction qui, ayant brisé les barrières de l'intériorité[3] pour devenir une sorte de sujet public, est devenue sinon contre-nature, du moins étrangère à sa nature originelle ? Affirmer que ce besoin se réduit au comblement d’une carence affective serait traiter le sujet avec une légèreté imméritée. De façon générale, analyser les causes profondes d’un comportement « hors cadre » n'est pas aisé. La séduction sur fond de provocation en est un exemple.

Aussi, tâchons de traiter le sujet sous un autre angle.

Les Sages d’Israël associent force intérieure et aptitude personnelle à la contenance. En clair, l’être essentiellement puissant est notamment capable de contenir ses pulsions[4]. Tous ces mots déplacés, toutes ces attitudes agressives, toutes ces pensées trop désinhibées pour pouvoir encore rester saines, tous ces actes inconsidérés auxquels l’être humain s'abandonne quotidiennement et qui ne demandent qu’à jaillir de lui sans entraves[5], ce sont précisément eux qui sont aptes à révéler sa force intérieure. S’il sait les canaliser, heureux est son lot, car il est authentiquement fort. En résumé, la force procède de la maîtrise de soi, à tous niveaux.

Quant à celui qui ne parvient pas à empêcher ses pulsions de jaillir ou qui les laisse s’exprimer librement, soit qu'il ait abandonné la lutte, soit qu'il en retire un plaisir pleinement assumé, son sort est moins enviable.

Eh bien, nous prétendons que l’envie de séduire à outrance, de se montrer, de provoquer, d’aguicher, sans but ou du moins sans réel but conscient, entre dans ce cadre. C’est bien d'une pulsion dont il s'agit, d'une envie quasi irrésistible qui survient soudainement. La pulsions, ou plutôt les pulsions : celle de dévoiler, et celle de contempler, ce qui d'ordinaire est caché. Dire que ce procédé par lequel la femme est réduite à une image stéréotypée bafoue sa dignité, tient sans doute du lieu commun. Il y a autre chose. Ce procédé, parce qu'il reste d'ordre pulsionnel justement, parce qu'il incite l'homme comme la femme à renoncer à leur maîtrise de soi, les fragilise tous les deux.

Il est intéressant de parvenir à une telle conclusion, et surtout de s'y arrêter.

Nous disposons en effet maintenant de deux visions opposées. D'un côté, la séduction employée dans le cadre d'un foyer, lequel, fait particulièrement notable, se dit baït en hébreu, un terme signifiant lui-même « l'intérieur ». Dans ce cadre, la séduction est un catalyseur de couple, d'amour, de lien, de perpétuité, en bref elle contribue à construire.

D'un autre côté, la séduction ostensible, celle qui s'offre à l'extérieur du foyer, n'offre et ne promet que l'extérieur de l'être, guère davantage, cette séduction par laquelle la femme recherche et obtient l'adhésion de chaque homme dans la pulsion, dans la confusion, dans la quantité… mais jamais dans l'exclusivité ou, tout simplement, dans la vérité. Il n'y a là qu'un gaspillage mutuel d'espoir, une espèce de quiproquo émotionnel qui ne contribue donc à aucune construction digne de ce nom.

Celles que cet article a nommé « femmes provocantes » sans sous-entendu dédaigneux, n'en restent bien sûr pas moins des femmes. Des êtres créés à l'image de D.ieu[6], des êtres qui auraient à offrir un monde unique de richesses, de nuances, de complexité.

Ah ! Seulement, elles ont choisi une autre voie.

Offrir autre chose de moins profond cette fois et dont la découverte, peut-être aussi la conquête, demandera bien peu d'investissement, bien peu de temps. Ils seront nombreux, les liens qu'elle tissera à chaque claquement de talons[7] ! Des liens nombreux, mais hélas si vides de sens… Ces liens ne pourront célébrer la puissance de l'amour qui se conjugue à deux, dans l'intimité rassurante d'un foyer. Au risque de paraître un peu cru, ces liens pourront évoquer les chaînes épaisses qui assujettissent les prisonniers.

Des liens pourtant fragiles à la réflexion, détruits à peine créés, car faits de pulsions volatiles qui ne réfléchissent pas. Mais des liens qui parlent, par contre. Oh, comme ils parlent, ces hommes avides de séduction qui se pressent pour profiter de ce qui leur est si généreusement offert ! Ils parlent bien, et on les appelle même de beaux parleurs. Ils pourront tout promettre à certaines femmes un peu trop naïves. Tout, peut-être même l'amour… sans jamais le leur donner.

Ces femmes sûres d'elles-mêmes, ou d'une infime partie d'elles-mêmes devrait-on dire, ces femmes qui croient jouer avec les hommes, n'est-ce pas avec elles-mêmes qu’elles jouent ? Elles jouent à un déconcertant jeu de cache-cache avec leur être profond. Derrière les regards subjugués des hommes qui les contemplent, c'est elles-mêmes qu'elles cherchent à entrevoir. Seulement, une fois le jeu de cache-cache terminé, elles s'aperçoivent qu'elles n'ont rien trouvé et, un peu déçues, elles continuent encore à chercher.

Notes

[1]  Dans cette anecdote, bien que la séduction ne soit évidemment pas le seul élément entrant en ligne de compte, elle est mise en exergue de manière assez extraordinaire.

[2]  L'un des catalyseurs, pour être plus exact. Notamment (mais pas seulement) présent en début de mariage, il s'inscrit alors volontiers dans ce que l'on appelle en hébreu « 'hen », la grâce, thématique abordée dans cette publication par exemple.

[3]  Le fondement même de la pudeur réside dans cette notion d'intériorité. Quelque part, la pudeur est l'art de garder sciemment caché quelque chose qui, s'il était révélé, se détériorerait. Et l'on comprend en filigrane que la pudeur ne concerne pas seulement l'habit mais aussi la parole, la gestuelle, et tant d'autres facteurs dont la force ou la beauté proviennent du fait qu'ils se soustraient au regard.

[4]  C'est-à-dire que son être intérieur est assez stable pour se permettre une sorte de « dialogue intime apaisant » avec ses propres pulsions. Pour décrire cela et plus encore, nos Sages parlent de faire la paix avec son mauvais penchant.

[5]  Et surtout pas l'entrave de la raison !

[6]  Berechith 1,27.

[7]  Allusion à l'illustration de l'article. Nous ne réduisons évidemment pas la séduction, et encore moins la féminité, à cet artifice.

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