À l’occasion de Roch haChanna 5780

Roch haChanna, « la tête de l’année » littéralement. La tête de l’année qui commence, et la queue de celle qui s’achève. Cette date exprime donc à elle seule un mouvement cyclique qui définit tant le peuple juif, et l’homme par extension, lequel parfois profite d’une ascension irrésistible, parfois décline jusqu’à manquer de s’effacer avant de renaître de manière inattendue, miraculeuse pourrait-on dire. À cette on accueille allègrement le Roi au son des trompettes, ou plutôt au son du chofar. Le message n’est-il pas clair ? Pour un Juif chaque nouvelle année, chaque renouveau, chaque départ prolonge un préalable essentiel : reconnaître D.ieu. Le secret, car c’en est un, est qu’en reconnaissant D.ieu on parvient alors à se reconnaître soi-même. C’est en réalisant en pleine conscience de D.ieu est l’Endroit du monde, c'est-à-dire la place dans laquelle le monde s’inscrit, que l’on prend conscience de sa propre place.

Il y a deux situations, extrêmes d’une certaines manière, qui font automatiquement revenir l’homme à lui-même. Il s'agit du vide et de l’absolu. Le vide s'apparente quelque part à l'absence d'écho suite à la question toute naturelle : « Quoi ? », ou : « Qu’est-ce que c’est ? ». Mais ce n'est pas au vide que nous allons nous intéresser dans cet article. À Roch haChanna, il est plutôt question d’Absolu, de la révélation pleine et incontestable de la Vérité pure. D.ieu a créé le monde et Il l'administre, s'y intéresse aussi si l'on peut dire, ayant pour chaque être un dessein spécifique, et pour l'humanité un dessein commun. Une telle révélation, son acception surtout et avant tout sa pleine compréhension, induit forcément un processus intellectuel, mais pas seulement, émotionnel aussi. Un processus aux allures d’aller-retour. D’abord on réalise l’existence du Créateur, puis l'on se met à songer que l’on est par conséquent une créature, un enfant qui, en plus d’être né de l’union d’un homme et d’une femme, est d'abord né de Sa volonté, par Sa volonté. Pas seulement soi, d’ailleurs. Tout, absolument tout autour de soi, s'apparente au fruit de Sa volonté. Les facultés personnelles, le contexte de vie, les proches, le voisinage, ces circonstances qui gravitent autour de soi, qui vont et qui viennent, donnant un goût à l’existence, parfois amer, parfois doux, mais la plupart du temps entre les deux, entre ascension et déclin, comme un cycle dans le cycle, comme une année dans l’année.

En réalisant son statut d’être créé par D.ieu, on retourne donc à soi et on se pose la fameuse et sempiternelle question : « Quoi » ? Nous la disions naturelle. C’est qu’elle sied si bien à l’homme ! L’homme se dit « adam » en hébreu. La valeur numérique cumulée des lettres alef, daleth, mem qui forment ce mot est 45, tout comme la valeur numérique cumulée du mem et du  qui forment le mot « ma ? » – « quoi ? ». Serait-ce là une simple coïncidence ? C'est que des coïncidences de ce type, il en existe à n’en plus finir dans la Tradition juive, des coïncidences qui donnent tellement de sens à la vie qu’il faut bien les appeler des enseignements.

Adam, l’homme, est cet être au besoin viscéral de se situer selon la compréhension qu’il a du monde qui l’entoure. Alors il interroge « l’autre », à savoir ce qui n’est pas lui, pour mieux comprendre qui il est lui-même. Dans un mouvement cyclique, encore, il demande « quoi ? » et, quand il obtient une réponse, il se sent un peu plus rassuré, un peu plus complet, un peu plus lui-même. Alors il recommence un nouveau cycle, de question en question, de réponse en réponse.

Dans cette quête interminable sans pour autant être une malédiction, l’homme cherche et se cherche.

Certains hommes cherchent la fortune, certains cherchent le pouvoir. Certains cherchent le bonheur, tous certainement, mais beaucoup ne trouvent dans le bonheur qu'ils disent avoir trouvé, qu'une frustration qui les incite à chercher encore et encore. Certains cherchent l’équilibre, certains ne cherchent ni l’argent ni le pouvoir mais la sérénité, ce moment béni où ils parviendraient à se sentir bien même en étant seuls. Certains cherchent à paraître irréprochables à l'extérieur, mais chez eux ils ne sont pas moins terribles que des démons. Certains cherchent l’amour d’une vie, d’autre l’amour d’une nuit. Certains cherchent à séduire, d’autres la renommée, d’autres les honneurs, sans doute à la réflexion cherchent-ils la même chose : à ne pas être oubliés. C’est ainsi que certains cherchent la chaleur, ou tout ce qui peut réchauffer, car ils ont si froid au-dedans mais cela, personne ne le sait car ils le cachent aux yeux des autres, à leurs propres yeux parfois aussi. D'autres ont si chaud au-dedans qu’ils cherchent spontanément à qui cette chaleur intérieure ferait défaut, pour la partager, pour rendre heureux, serait-ce un petit peu. Certains cherchent la justice, mais pour d'autres la justice semble si insupportable qu'ils s'emploient à briser l'harmonie partout où ils la trouvent. Certains ne cherchent qu’eux car ils croient qu’ils se sont faits eux-mêmes. Certains cherchent l’appui de la société car c’est elle qui les a faits ; c’est encore elle qui précipitera leur chute quand elle ne voudra plus d’eux, une fois lassée d'un produit qu’elle n’aura fabriqué que pour sa commodité. Certains cherchent D.ieu tout en amenant dans leur sillage le plus de gens possible, car ils savent que dans le monde de D.ieu, contrairement au monde des hommes, il y a de la place pour chacun. Certains autres cherchent D.ieu mais de manière si exclusive qu’ils en oublient les autres, finissent par ne même plus les voir au point de les écraser, aveuglés qu'ils sont par une union mystique qu'ils croient sainte mais qui en fait confine au délire.

Certains ne cherchent rien de particulier. Ils se laissent porter au gré des rencontres et des événements. En ce sens, ils ressemblent fort à Forrest Gump pour qui la vie revient à piocher dans une boîte de chocolats, sans savoir sur lequel on tombera. Notez que ces gens ne sont pas les plus insatisfaits, loin de là. Leur richesse provient de leur saine naïveté, car pour être heureux il ne faut pas être trop intelligent. Seulement, sans la réflexion il n’y a pas de direction, sans direction il n’y a pas de pérennité, sans pérennité il n'y a pas de construction, et sans construction le bonheur n’est qu’illusoire. Aussi, le malheur pour ces gens qui se croient éventuellement heureux, c’est qu’ils ne le sont jamais car ce qu’ils appellent la vie, ne devient au fond jamais vraiment… leur vie.

Et puis, il y a les authentiques heureux de ce monde.

Un jour, on demanda à un étudiant de Yechiva : « Qu'êtes-vous venu chercher ici ? ». Car lui aussi cherchait bien quelque chose, lui aussi avait besoin de réponses à cet éternel : « quoi ? ». Il répondit : « Je cherche deux choses. D.ieu et moi ». On peut chercher D.ieu quand on se cherche soi-même, tout comme on peut se chercher soi-même quand on cherche D.ieu. La Conscience divine, qui touche à la Vérité pure, et la conscience humaine, qui touche à la prophétie, sont les deux sujets dignes d’une quête humaine susceptible de rendre heureux soi, autrui, et sans doute D.ieu, s’il peut être permis de s’exprimer ainsi.

Roch haChanna est justement un temps propice pour partir en chemin à la recherche de vraies réponses, pour ne pas dire de réponses vraies, que ces dernières apportent la connaissance de soi ou la connaissance de D.ieu. Il ne faut pas craindre de prendre le partie de la connaissance, de la vérité, de la conscience. Beaucoup y renoncent, ceux qui cherchent des réponses superficielles, qui frustrent tellement leur grandeur d'êtres humains, qu'ils finissent par trouver inutile de demander : « quoi ? » et se contentent d'une vie triste, sans cause ni but. Échappons donc à cette malédiction, authentique celle-ci ! Le temps de Roch haChanna est éminemment favorable à cela.

Permettez-nous de souhaiter que ce Roch haChanna 5780 soit pour vous le point de départ d’un nouveau cycle inscrit uniquement dans la sérénité, dans la facilité, dans l’abondance, dans la vérité, dans la plénitude, dans la pureté, dans la recherche de ce qui vaut la peine d'être recherché, sans aucun manque ni aucune peine, amen !

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