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Après un traumatisme...
Publié le 21/05/2017
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Il est des expériences de la vie que l'on n'oublie pas et dont le souvenir est un fardeau. Ces expériences, ce sont les traumatismes.

Tout d'abord, qu'est-ce qu'un traumatisme ? C'est la rencontre entre l'être et une réalité qu'il est incapable d'absorber. Un traumatisme est donc toujours synonyme de douleur, de violence, de refus, de rejet. Quand l'être ne peut pas croire ce qu'il est en train vivre, quand il ne peut le nommer, quand il ne peut le supporter, il vit un traumatisme. Il pourra s'agir d'une scène de guerre, d'un accident, d'un abandon, d'une agression physique ou sexuelle et par extension une situation de détresse extrême auxquels on aurait été confronté soit en tant que victime, soit en tant que témoin.

Comment l'être réagit-il face au traumatisme ? Car il réagit, c'est indéniable, et il réagit même très brutalement. Pour employer une image, il réagit comme un disjoncteur. Le disjoncteur, c'est ce dispositif qui, en cas de surtension, interrompt le courant électrique. De même, quand le circuit psycho-émotionnel subit un courant anormalement élevé, susceptible de l'endommager, un disjoncteur se déclenche. C'est un mécanisme de protection, de sauvegarde, dont D.ieu a doté l'homme.

À une exception près, cependant. Alors que le disjoncteur électrique coupe le courant, le disjoncteur dont l'homme dispose réoriente la surtension vers un circuit parallèle, dans toute son intensité. Ce circuit parallèle n'est autre que la mémoire traumatique.

Nous atteignons là les limites de la comparaison avec un disjoncteur électrique. Alors qu'après une coupure de courant on réarme le disjoncteur et tout redevient comme avant, après un traumatisme on ne réarme pas, malheureusement. Car rien ne sera jamais plus comme avant. Et effectivement, quand on essaie de continuer à vivre après un traumatisme, parce qu'il faut bien vivre, on sent que quelque chose a changé en soi. On a l'impression de porter un fardeau. En fait, on a même l'impression de se porter deux fois. On porte sa personne habituelle, et puis on porte, ou plutôt on supporte son double meurtri. Ce second soi qui encombre et dont il est impossible de se débarrasser… La mémoire traumatique, de nouveau.

Nous savons à présent que suite à un traumatisme, une sorte de circuit parallèle s'est formé en l'être. La mémoire traumatique, puisque tel est son nom, est un morceau de vie, véritable condensé de souffrance, que l'on garde malgré soi, qui trouble et handicape. Après un traumatisme, deux mémoires existent : la mémoire historique et la mémoire traumatique. Mais alors, comment donc cohabitent-elles ?

Eh bien justement, elles ne cohabitent pas. Comment le pourraient-elles ? La mémoire historique est plutôt heureuse, neutre dans le pire des cas. C'est après tout le vécu que l'être emporte avec lui et qui fait son expérience, sa richesse. Mais la mémoire traumatique, quant à elle, représente tout ce que l'être rejette, qu'il voudrait ne jamais avoir eu à emporter avec lui. Non, ça n'est pas lui que cette mémoire met en scène ; ça ne peut pas, ça ne devrait pas être lui ! C'est une erreur de la nature incarnée en souvenir, c'est un cauchemar qui s'invite pour mieux se prolonger dans la réalité. Tous ces mots pour dire que la mémoire traumatique, en tant que condensé de violence, est forcément agissante. Ce n'est pas un morceau de soi qui serait certes un peu gênant, mais resterait inoffensif car inerte ; c'est plutôt un colosse qui frappe brutalement à la porte, fait du bruit, hurle et perturbe.

Une autre raison qui rend la mémoire traumatique extrêmement agissante, réside dans son essence même. Contrairement à la mémoire historique, la mémoire traumatique n'est ni organisée, ni régie par la raison. Pour tout dire, elle est irrationnelle, sort des sentiers de la raison. Ce n'est qu'une suite d'affects, de symboles, de fantasmes, de perceptions, qui se succèdent sans logique apparente. Pour tout dire, c'est le chaos !

Les effets de la mémoire traumatique sont nombreux. Citons-en deux :

1) Les réminiscences intrusives. Derrière cette appellation technique se cachent surtout les cauchemars et flash-backs qui, sans crier gare, s'invitent chez le sujet qui en souffre. Les réminiscences sont, comme leur nom l'indique, des extraits de son vécu. Elles peuvent toutefois également avoir été altérées, mélangeant dès lors deux messages : le souvenir en lui-même et le procédé fantasmatique qui l'a transformé (et notamment amplifié).

Si ces réminiscences sont qualifiées d'intrusives, c'est parce que le sujet n'a aucun contrôle sur elles. Elles peuvent survenir aussi bien dans le sommeil qu'à l'état d'éveil. Dans ce dernier cas, la manifestation peut être voisine de l'hallucination visuelle qui, en plus de la gêne évidente pour le sujet, le fait douter de sa santé mentale et le fait donc souffrir davantage encore.

En parlant d'hallucinations, comme nous venons de le signaler elles sont peuvent être visuelles ; par exemple, en passant par un certain endroit qui rappelle la scène traumatisante, voir un accident se dérouler à nouveau devant soi. Les hallucinations peuvent également être auditives ; par exemple, la sensation d'entendre la voix de son agresseur résonner dans sa tête.

2) La dissociation. Il s'agit des conduites, le plus souvent non contrôlées (donc subies, ce qui ne peut que renforcer la souffrance), par lesquelles le sujet se dissocie de la réalité. En d'autres termes, le sujet n'est « plus là ». Il semble absent, inerte, insensible, au point que l'on peut parler d'anesthésie émotionnelle. Les pertes de mémoire entrent aussi dans le cadre de la a dissociation, en ce qu'elle permettent d'effacer inconsciemment le traumatisme et donc nécessairement de s'en éloigner.

Le profit de ces comportements pour le sujet est d'abord immédiat. Au moment où le traumatisme survient, une partie de la conscience (plus précisément, une partie de l'âme animale contenue en l'homme) se ferme. La dissociation, c'est cela : le faire d'être présent et d'être absent tout à la fois. Plus exactement, le fait d'être là le moins possible, pour laisser prise le moins possible à la scène dont on se protège.

Le profit réside également dans l'après, quand les réminiscences du choc remontent à la surface. Comprenons qu'un événement même banal est susceptible de faire resurgir le traumatisme, avec les sensations terribles qui l'accompagnent. Un rien peut réactiver ce circuit de douleur parallèle qu'est la mémoire traumatique et rendre la vie impossible. Nous parlions d'anesthésie émotionnelle. Certaines personnes, particulièrement peu expressives, sont délaissées et déjà critiquées, voire moquées. Pensons qu'il s'agit peut-être de personnes traumatisées qui, par la force des choses, sont obligées de vivre en sous-régime, pour ainsi dire.

Mais alors, comment gérer cette fameuse mémoire parallèle et revivre après un traumatisme ? Nous essaierons d'apporter des réponses dans un prochain article. En attendant, citons trois mots qui caractérisent la guérison : combat, long, difficile.

Osons dire également qu'il est des traumatismes dont on ne guérit jamais totalement. Ceci ne devra cependant pas décourager. Ce qui importe dans le fond, ce n'est pas de déraciner entièrement le mal, mais de le maîtriser suffisamment afin de mener une vie normale. En cela, nous pouvons nous inspirer d'une parole de Rabbi Mena'hem Mendel de Kotsk :

Je ne veux pas d'élèves vertueux, mais plutôt des élèves tellement occupés à faire le bien qu’ils n'auront pas le temps de faire le mal !

Et s'ils n'auront pas le temps de faire le mal, ces élèves d'élite, ce n'est pas parce que le mal aura entièrement disparu chez eux. Car il restera là, bien présent. Mais ces personnes auront élaboré des stratégies telles, que le mal en eux ne les parasitera pas de manière rédhibitoire. Au contraire, elles pourront vivre, et même vivre pleinement malgré le mal pourtant latent. Là est l'essentiel.

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