Comment savoir si j'ai un vrai potentiel ?

 Il y a un peu plus d'une semaine, un homme m'a téléphoné un soir.

Cet homme, qui est âgé de 48 ans, semble jouir d'un don pour la création artistique. Pourtant, il s'interrogeait abondamment quant à sa valeur propre et quant à sa faculté à entrer en contact avec la gente féminine.

Durant la demi-heure que notre conversation a duré, une question récurrente m'a interpellé. C'était une question pour laquelle une réponse ultime, irréfutable, solide, doit être apportée, car elle conditionne l'être tout entier. J'ai donc dédié la présente publication à cette question : « Comment savoir si j'ai un vrai potentiel ? ».

J'aimerais faire remarquer que cette interrogation métaphysique, trop souvent galvaudée, est on ne peut plus normale. Elle se pose volontiers pendant l'adolescence, puisqu'elle renvoie à la définition de l'identité et que l'adolescence provoque un profond bouleversement identitaire. En fait, cette question se pose tout au long de l'existence, et plus encore si la sensation d'exister est absente.

Mais au fait, qu'est-ce qui alimente la sensation d'exister ? La question est vaste ! Un élément de réponse réside dans le sentiment de participer à la réalité tangible qui nous entoure. En somme, il s'agit d'être l'acteur du spectacle de la vie dont on est d'abord le spectateur.

Pour un enfant plus particulièrement, la sensation d'exister vient avec l'encouragement perçu dans le regard, dans le geste, dans la voix des personnes adultes qui, pour quelques années, lui servent en quelque sorte de conscience (plus exactement, qui façonnent sa conscience, volontairement ou non). Pour un adulte, la sensation d'exister dépend notamment de la réaliser des désirs personnels. Elle naît de la rencontre entre la volonté et la réalité.

Quand la volonté est bien présente mais ne s'inscrit pas dans la réalité, l'adulte éprouve donc la désagréable sensation de ne pas exister. Il n'est « qu'à moitié », puisque son esprit est, c'est indéniable, mais il est contraint de contempler sa vie sans pouvoir l'influencer. Il est donc seulement spectateur et non acteur. Pour l'adulte, ce spectacle est une petite mort. Il est confronté à ce qui n'est pas fait pour être contemplé (ou gardé en soi) ,mais utilisé (ou exprimé au-dehors de soi) : le potentiel.

De manière très inattendue, on constate au passage que sensation de ne pas se réaliser et autisme partagent une caractéristique : l'incapacité à entrer en contact avec le monde extérieur. Du fait que l'autisme suscite la peur (tout comme le handicap et la mort d'ailleurs, peut-être tenterai-je d'en donner la raison à l'occasion d'une publication future) et que la sensation de ne pas exister y ressemble d'une certaine manière, la peur de ne pas parvenir à exister est puissante. Ceci peut suffire à expliquer une tendance facilement observable : beaucoup se contentent d'une vie extrêmement superficielle, pour la simple raison qu'elle leur apporte le précieux sentiment d'exister. Certes, leur existence pourrait (devrait) être autrement plus riche de sens. Seulement, connaître son potentiel puis le confronter à soi, aux autres, puis au monde pour enfin exister, c'est un processus long et périlleux. Or notre génération si fragile, si indifférente, si désabusée, préfère la facilité…

J'en reviens au sujet : comment être sûr que l'on possède un potentiel ? Il est un enseignement que j'aime à citer. Chaque fois, il me fait sourire tant il décrit parfaitement la vie ici-bas.

Rabbi Tarfon disait : « Le jour est court, la tâche est considérable, les ouvriers sont paresseux, la récompense est immense et le Maître de maison presse ».
Pirqei Avoth 2,15

Cet enseignement répond plusieurs fois à la question qui nous préoccupe.

Pourquoi existe-t-il une tâche à accomplir ? Parce que l'homme a un potentiel. Pourquoi la tâche est considérable ? Parce que ce potentiel est considérable, à la mesure de la tâche ! Pourquoi est-ce que les ouvriers sont paresseux ? Parce que l'homme possède un potentiel, et même un potentiel de Bien, qui appelle nécessairement des forces antagonistes à s'opposer à lui (telle est la nature de notre monde). Pourquoi la récompense est immense ? Car le potentiel et les forces qui l'empêchent de s'exprimer le sont, et que la récompense est fonction de l'effort (Pirqei Avoth 5,22). Pourquoi est-ce que le Maître de maison presse ? Fondamentalement et si l'on peut dire, parce que D.ieu aspire à faire du Bien à l'homme. Or D.ieu connaît parfaitement Sa Création : le jour[1] court, la tâche[2] considérable et les ouvriers[3] paresseux. La récompense est immense certes, mais elle n'est pas gratuite ; comme l'explique notamment le Ram'hal au début de son ouvrage Da'ath Tevounoth, il faut la mériter.

Sachant tout cela et pour son plus grand bien, le Maître de maison (D.ieu) presse l'homme afin qu'il s'affaire à sa tâche : réaliser le potentiel fabuleux que D.ieu a placé en lui.

Aussi, il ne faut pas trop perdre son temps à se demander si on a un potentiel ou non. La réponse est évidemment positive. La plupart du temps, comme je l'écrivais au sujet de ces vies tristement vides de sens, on ne soupçonne même pas son potentiel.

La question n'est donc pas : « Comment savoir si j'ai un potentiel ? », mais plutôt : « Suis-je vraiment prêt à découvrir et apprivoiser mon potentiel ? ». Et cette question, il faut y répondre au plus vite, parce que le jour[4] est court.

Notes

[1]  …

[2]  …

[3]  …

[4]  c'est-à-dire le temps de la vie terrestre

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