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Les enfants du divorce
Publié le 01/10/2017
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Les enfants du divorce, ce sont ces enfants de la séparation, ces rejetons du désamour, ces victimes malgré elles, ces vies déjà sacrifiées à peine commencées… Grandiloquente, cette entrée en matière ? Mettons que oui ! Mais surtout, tellement pessimiste. Il y a beaucoup mieux à faire que de s’apitoyer sur les enfants du divorce, et c’est dans cette optique plus constructive que cet article s’inscrit.

Partons d’une réalité concrète : tout parent a une obligation d’éducation. Certes, deux époux ne le resteront peut-être pas toujours. Par contre, pour leurs enfants, ils resteront toujours des parents. En cela, l’obligation perdure même après un divorce.

Seulement, quelle éducation peuvent espérer donner des parents divorcés ? La situation engendre plusieurs difficultés sérieuses.

D’abord, une éducation réussie est une éducation harmonieuse. S’il est entendu que papa et maman restent deux personnes distinctes, quand ils éduquent ils doivent devenir en quelque sorte une seule chair (Berechith 2,24) : ils doivent être soudés. Du reste, si divergences il doit y avoir, celles-ci doivent idéalement rester cachées des enfants. Ce qui construit l’enfant, ce ne saurait être le désaccord mais la concorde, l’harmonie. Justement, comment espérer encore éduquer une fois que la séparation des corps et des âmes a été prononcée par le guett (acte de divorce) ?

Seconde difficulté, il n’est pas rare que les ex-époux se reprochent a posteriori mutuellement la responsabilité du divorce. Et si encore les choses n’en restaient que là ! Il peut hélas arriver que la haine éclate au grand jour, puisqu’il n’y a « plus rien à perdre ». Pire, la certitude de la soi-disant responsabilité de l’autre pourra aller jusqu’à alimenter les stratagèmes les plus vils afin de le rabaisser, de l’humilier et finalement de le détruire… au nom d’une justice imaginaire. De nouveau, dans un climat si délétère, quelle éducation pourrait être dispensée ?

Troisième difficulté, comme je l’écrivais dans un précédent article, après un divorce il incombe à chaque époux de refaire sa vie et, à cette fin, de couper les ponts. Si des enfants ont été conçus, des liens doivent cependant perdurer. Ce paradoxe peut être résolu en conservant un lien réduit au strict nécessaire, ni trop (ceci interférerait avec les nouvelles vies que les ex-époux ont commencées), ni trop peu (les enfants en souffriraient).

D’autres difficultés encore peuvent survenir, par exemple une influence objectivement négative de l’un des parents sur les enfants, ou le fait que l’un des ex-époux soit physiquement dangereux pour l’autre. Mais ce genre de circonstances étant relativement rares, on peut dire qu’il y a en général quelque chose de bon à faire pour ces fameux enfants du divorce.

Que faire en ce cas ? Pour le comprendre, il faut comprendre la représentation du divorce aux yeux de l’enfant. Dit rapidement, cette représentation comporte deux pôles. L’un, symbolique, plutôt neutre, et l’autre, émotionnel, extrêmement agissant. Je laisserai le pôle émotionnel de côté, car le développer me ferait sortir du cadre de l’article. Je me contenterai tout de même de relever que l’enfant, face au divorce, est projeté malgré lui dans un rôle de spectateur ultra conscient face à un processus qu’il refuse pourtant fondamentalement, mais auquel il est soumis dans la plus totale impuissance. N’importe quel parent entreverra sans peine le traumatisme potentiel.

Pour l’enfant, le pendant symbolique du divorce relève tout simplement la dissociation, dans son acceptation la plus littérale. Parfois on se lie à un groupe, à un être, à un projet, à une idée, à un endroit. Parfois on en part, on s’en sépare. Il y a un temps pour embrasser et un temps pour s’éloigner des embrassades (Qoheleth 3,5). Ce verset condense en fait toute la vie. La vie est faite de choix, et ces choix aboutissent à l’union (quand on choisit de prendre, d’adhérer) ou à son contraire. La dissociation, ce n’est ni négatif, ni néfaste, ni traumatisant pour reprendre le terme. C’est une composante de l’existence, une nécessité même.

C’est bien là qu’il est possible aux parents divorcés de donner à leurs enfants la possibilité de se construire, pour peu qu’ils en aient la volonté et le courage. Car il faut comprendre une fois pour toutes que l’enfant, cet être ultra conscient comme je le l’écrivais, est à l’écoute du monde. Avec avidité, il en lit les symboles, les messages. Il n’en refuse rien ou presque, il les admet, il les croit avec sa naïveté caractéristique, il s’en nourrit. Aussi, quand l’enfant voit ses parents pourtant divorcés parvenir à communiquer, à se témoigner de l’estime qui plus est, il en retire une leçon puissante, apte à le faire grandir. En fait, il comprend que dissociation n’est pas synonyme de chaos. Tout est là.

Ce message a une portée incalculable. Avoir appris à vivre la dissociation sans trop d’affects, autrement dit de « remous intérieurs », peut par exemple permettre de rejeter une idée sans pour autant rejeter la personne qui l’a émise, ou de ne pas s’effondrer après un échec, ce pour une raison que nous comprenons maintenant aisément : de par le vécu éducatif post-divorce, la dissociation n’aura pas été assimilée par l’enfant à la compagne inséparable, obligatoire de la destruction. On peut séparer et vivre, rejeter et être heureux, dire non et assumer. Ce que des parents divorcés peuvent apprendre à leurs enfants n’a pas moins d’importance que cela.

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